Deux ans après : Mariée à un homme divorcé, je demande le divorce – Sa fille, nos rêves et la vie dans un studio

« Tu ne comprends rien ! » La voix de Camille résonne encore dans ma tête, aiguë, tranchante comme une lame. Je me revois, debout dans la cuisine exiguë de notre studio à Montreuil, les mains tremblantes autour d’une tasse de café froid. François, mon mari, s’est interposé entre nous, le regard fatigué, usé par deux ans de compromis et de silences pesants.

Je n’aurais jamais cru en arriver là. Deux ans plus tôt, j’étais persuadée que l’amour pouvait tout surmonter. François m’avait séduite par sa tendresse, sa maturité, sa façon de parler du futur avec des étoiles dans les yeux. Il était divorcé, oui, mais il portait ses blessures avec dignité. Sa fille Camille, alors âgée de dix ans, vivait avec sa mère à Lyon. Nous avions nos week-ends à deux, nos projets de voyage, nos rêves de déménager dans un appartement plus grand. Je me sentais prête à tout affronter pour lui.

Mais la vie n’a pas tardé à nous rappeler sa dureté. Quand l’ex-femme de François a annoncé qu’elle partait travailler à l’étranger, Camille a débarqué chez nous pour une durée indéterminée. Notre studio de 28 mètres carrés est devenu trop petit pour trois. Les premiers jours, j’ai essayé d’être accueillante : « Tu veux que je t’aide à t’installer ? » Elle m’a lancé un regard noir et a claqué la porte de la salle de bains.

Les semaines ont passé et la tension n’a fait qu’augmenter. Camille refusait de manger ce que je cuisinais, passait ses soirées enfermée sur son téléphone ou criait après son père pour un rien. François tentait de ménager tout le monde : « Laisse-lui du temps, elle est perdue… » Mais moi aussi, je me sentais perdue. J’avais l’impression d’être une étrangère dans mon propre foyer.

Un soir, alors que je rentrais tard du travail, j’ai trouvé Camille assise sur mon lit – le seul lit du studio – en train de fouiller dans mes affaires. « Qu’est-ce que tu fais ? » ai-je demandé, la voix tremblante. Elle m’a répondu avec insolence : « J’ai le droit d’être ici, c’est aussi chez moi maintenant ! » J’ai senti une colère sourde monter en moi, mais François est intervenu : « Laisse tomber, elle ne voulait pas mal faire… »

Peu à peu, nos disputes sont devenues quotidiennes. Je reprochais à François son manque d’autorité ; il me reprochait mon manque de patience. Les murs du studio semblaient se refermer sur nous. Nos rêves de déménagement s’éloignaient à mesure que les factures s’accumulaient et que le marché immobilier parisien se montrait impitoyable.

Un dimanche matin, alors que je préparais le petit-déjeuner, Camille a jeté son bol par terre en hurlant : « Je veux rentrer chez maman ! » François s’est effondré sur une chaise, la tête entre les mains. J’ai senti mes propres larmes couler sans pouvoir les arrêter. Ce jour-là, j’ai compris que quelque chose s’était brisé.

J’ai essayé d’en parler à ma mère au téléphone : « Tu sais, ce n’est pas facile d’être belle-mère… » Elle m’a répondu sèchement : « Tu l’as choisi, il fallait y penser avant. » Même mes amis semblaient gênés quand j’abordais le sujet. En France, on parle peu des familles recomposées ; on attend des femmes qu’elles s’adaptent sans broncher.

La nuit suivante, je n’ai pas dormi. J’ai repensé à tous ces moments où j’avais cru que l’amour suffirait : les promenades main dans la main sur les quais de Seine, les fous rires partagés devant un film… Où étaient passés ces instants ? Je me suis levée pour regarder François dormir à côté de moi – ou plutôt dos à moi. Entre nous deux, il y avait désormais un gouffre.

Le lendemain matin, j’ai annoncé ma décision : « Je vais demander le divorce. » François n’a rien dit pendant de longues minutes. Puis il a murmuré : « Je suis désolé… » Camille a éclaté en sanglots et s’est enfermée dans la salle de bains.

Aujourd’hui, je fais mes cartons dans ce studio qui a vu naître et mourir tant de rêves. Je me demande si j’ai échoué ou si j’ai simplement choisi de survivre. Est-ce égoïste de vouloir respirer ? De refuser une vie où l’on s’oublie pour les autres ?

Parfois je me dis que si on parlait plus franchement des difficultés des familles recomposées en France, peut-être que je me sentirais moins seule. Peut-être que d’autres femmes oseraient dire qu’elles n’en peuvent plus.

Et vous, pensez-vous qu’on peut vraiment aimer quelqu’un sans accepter tout ce qui vient avec ? Est-ce que l’amour suffit quand la vie devient trop étroite pour deux cœurs blessés ?