Mon journal volé : quand mes secrets ont bouleversé ma famille à Angers
« Tu crois vraiment que je ne sais pas ce que tu caches, Camille ? » La voix de ma mère résonne dans le salon, froide, tranchante. Je serre les poings, le cœur battant si fort que j’ai l’impression qu’il va exploser. Je n’ai jamais vu ses yeux aussi durs. Autour de moi, le silence est lourd, seulement brisé par le tic-tac de l’horloge de la cuisine. Mon père, assis à côté d’elle, évite mon regard. Ma petite sœur, Lucie, me fixe avec une curiosité mêlée de peur.
Tout a commencé il y a deux semaines. J’avais 16 ans et je croyais que rien ne pouvait m’arriver dans notre petite ville d’Angers. Mon journal intime était mon seul refuge, le seul endroit où je pouvais écrire mes peurs, mes rêves, mes colères contre mes parents, mes doutes sur mon identité, mes sentiments pour Chloé – ma meilleure amie – et même ce secret que je n’avais jamais osé dire à voix haute : je ne voulais plus vivre ici, j’étouffais.
Un matin, en rentrant du lycée Jean Moulin, j’ai voulu écrire dans mon journal. Il avait disparu. J’ai retourné ma chambre, fouillé sous le lit, vidé mon sac… Rien. J’ai paniqué, mais je me suis dit qu’il allait réapparaître. Trois jours plus tard, sur le groupe Facebook du lycée, un post anonyme est apparu : « Qui est la fille qui rêve de partir loin d’Angers et qui aime sa meilleure amie ? » Mon sang s’est glacé. C’était mot pour mot ce que j’avais écrit.
Au début, personne ne savait que c’était moi. Mais les indices se sont multipliés : des extraits de mon journal publiés chaque jour, des détails sur ma famille, sur mes disputes avec ma mère, sur la maladie de mon père – ce cancer dont on ne parlait jamais à l’extérieur. Les regards ont changé au lycée. Chloé m’a évitée pendant une semaine. Les profs me lançaient des regards compatissants ou gênés.
Un soir, en rentrant à la maison, j’ai trouvé ma mère assise dans le salon avec mon journal ouvert devant elle. « Camille, tu veux bien m’expliquer ? » Sa voix tremblait de colère et de tristesse. J’ai senti la honte m’envahir. Mon père n’a rien dit. Lucie pleurait dans sa chambre parce qu’on se disputait encore.
« Tu nous détestes tant que ça ? Tu veux vraiment partir ? »
J’ai voulu crier que non, que ce n’était pas si simple. Mais les mots sont restés coincés dans ma gorge. J’ai couru dans ma chambre et j’ai claqué la porte.
Les jours suivants ont été un enfer. Ma mère ne me parlait plus que pour me reprocher mon ingratitude. Mon père s’est enfermé dans le silence. Lucie m’a évitée comme si j’étais contagieuse. Au lycée, tout le monde savait. Certains me traitaient de menteuse ou de traîtresse ; d’autres me regardaient avec pitié.
Un soir, Chloé est venue chez moi. Elle a frappé à ma fenêtre comme avant. « Camille… Je suis désolée de t’avoir laissée tomber. Mais pourquoi tu ne m’as rien dit ? »
Je me suis effondrée en larmes. « J’avais peur… Peur que tu me rejettes… Peur que tout le monde sache… »
Elle m’a prise dans ses bras. « Je suis là. Mais il faut que tu découvres qui a fait ça. »
J’ai commencé à mener ma propre enquête. J’ai interrogé discrètement mes amis, surveillé les réseaux sociaux, cherché qui aurait pu entrer dans ma chambre. C’est là que j’ai compris : seule Lucie avait accès à ma chambre quand je n’étais pas là.
Je l’ai confrontée un soir :
— Lucie… Pourquoi tu as pris mon journal ?
— Je voulais juste comprendre pourquoi tu étais toujours triste… Je ne voulais pas que tout le monde sache ! J’ai juste montré une page à Pauline parce qu’elle disait que tu lui cachais des choses… Après c’est allé trop loin…
Elle pleurait à chaudes larmes. J’étais partagée entre la colère et la compassion. Elle n’avait que 13 ans et ne comprenait pas la gravité de son geste.
J’ai tout avoué à mes parents. Ma mère a pleuré pour la première fois devant moi : « Je croyais te protéger en étant dure… Mais je t’ai perdue sans m’en rendre compte… »
Mon père a pris ma main : « On va traverser ça ensemble. »
Petit à petit, on a commencé à parler vraiment – de sa maladie, de mes rêves, de ce qui nous faisait peur ou mal. Lucie s’est excusée publiquement au collège et sur les réseaux sociaux.
Le lycée a fini par oublier l’affaire – ou du moins s’en lasser. Chloé et moi sommes restées amies, peut-être plus qu’avant.
Aujourd’hui encore, je me demande : comment peut-on reconstruire la confiance après une telle trahison ? Est-ce qu’on peut vraiment tout dire à sa famille sans risquer de tout perdre ? Et vous, qu’auriez-vous fait à ma place ?