« Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? Pourquoi rien n’est prêt ? » : Quand la famille abuse, il faut savoir dire stop
« Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? Pourquoi rien n’est prêt ? » La voix de Baptiste, mon cousin, résonne dans la cuisine comme un coup de tonnerre. Je serre les poings sur le plan de travail, les larmes me montant aux yeux. Il est 19h30, je viens à peine de rentrer du travail, et déjà la pression familiale s’abat sur moi.
Camille, ma cousine, me lance un regard gêné. Elle sait très bien que je n’ai pas eu une minute à moi aujourd’hui. Pourtant, elle ne dit rien. Elle se contente de hausser les épaules et de s’installer devant la télé avec son frère, comme si tout cela était normal.
Je me souviens d’un temps où Camille et moi étions inséparables. Nous partagions tout : nos secrets, nos rêves, nos peurs. À l’école primaire de Saint-Étienne, on nous appelait « les jumelles ». Mais aujourd’hui, elle est devenue une étrangère dans ma propre maison.
Tout a commencé il y a six mois, quand ma tante Sylvie a perdu son emploi et que la famille a décidé d’accueillir Camille et Baptiste chez nous « le temps qu’ils se remettent sur pied ». Au début, j’étais ravie. J’imaginais des soirées pyjama, des confidences jusqu’à minuit. Mais très vite, la réalité m’a rattrapée.
Les premiers jours, Camille aidait à mettre la table, Baptiste débarrassait sans qu’on le lui demande. Mais au fil des semaines, ils se sont installés dans une routine confortable : je faisais les courses, je préparais les repas, je nettoyais derrière eux. Ma mère disait : « Ce sont des invités, Élodie. Sois gentille. » Mais combien de temps un invité reste-t-il avant de devenir un squatteur ?
Un soir, alors que je rentrais tard après une journée épuisante à l’hôpital – je suis infirmière en réanimation – j’ai trouvé la cuisine sens dessus dessous. Des miettes partout, des assiettes sales empilées dans l’évier. Camille était sortie avec des amis ; Baptiste jouait à la console. J’ai explosé :
— Vous pourriez au moins faire la vaisselle !
Baptiste a haussé les épaules :
— C’est pas grave, tu le fais toujours mieux que moi.
Camille est rentrée plus tard, souriante, comme si de rien n’était. Je lui ai demandé pourquoi elle ne m’aidait plus.
— Tu sais bien que maman dit toujours que tu es la plus organisée…
Ce soir-là, j’ai pleuré dans ma chambre. J’avais l’impression d’être devenue leur bonne.
La situation a empiré quand ma tante Sylvie a commencé à critiquer ma façon de faire les choses :
— Tu devrais mettre moins de sel dans la soupe. Et puis, tu pourrais repasser les chemises de Baptiste…
Ma mère ne disait rien. Elle avait peur du conflit. Moi aussi, mais je sentais la colère monter chaque jour un peu plus.
Un dimanche midi, alors que toute la famille était réunie autour du poulet rôti, Camille a lancé :
— Élodie, tu pourrais faire une tarte aux pommes pour le dessert ?
J’ai posé mon couteau et ma fourchette. J’ai regardé ma mère, puis ma tante.
— Non. Aujourd’hui, je ne ferai pas de dessert.
Un silence glacial s’est abattu sur la table. Ma tante a levé les yeux au ciel.
— Tu exagères, Élodie…
J’ai senti mes mains trembler.
— Non, c’est vous qui exagérez ! Je ne suis pas votre domestique !
Camille a rougi. Baptiste a baissé les yeux. Ma mère a voulu intervenir mais je l’ai arrêtée d’un geste.
— Ça fait six mois que vous vivez ici sans jamais aider ! Vous profitez de nous !
Ma tante s’est levée brusquement :
— Si c’est comme ça, on va partir !
J’ai répondu d’une voix cassée :
— Peut-être que c’est mieux ainsi…
Après ce déjeuner catastrophique, Camille est venue me voir dans ma chambre. Elle avait les yeux humides.
— Je suis désolée… Je ne me rendais pas compte…
Je l’ai regardée longtemps sans parler. J’avais envie de lui pardonner mais une part de moi était trop blessée.
— Tu sais Camille, on était si proches avant… Qu’est-ce qui s’est passé ?
Elle a haussé les épaules.
— Je crois qu’on s’est laissé emporter par le confort… On a oublié que tu n’étais pas là pour tout faire.
Le lendemain matin, ma tante et ses enfants ont commencé à chercher un autre logement. Ma mère m’a prise dans ses bras :
— Tu as eu raison de dire stop. Il fallait que ça sorte.
Depuis leur départ, la maison est plus calme mais aussi plus vide. Je repense souvent à Camille et à notre complicité perdue. Est-ce que j’ai bien fait ? Est-ce qu’on peut vraiment retrouver une relation saine après tant de non-dits ?
Et vous, jusqu’où iriez-vous pour préserver votre équilibre face à une famille qui abuse ?