« Maman, prends un crédit pour moi » : Comment la foi m’a aidée à faire le choix le plus difficile de ma vie
« Maman, s’il te plaît… Prends ce crédit pour moi. »
La voix de Julien tremblait, mais ses yeux cherchaient les miens avec une intensité qui me glaça le sang. Nous étions assis face à face dans la petite cuisine de notre appartement à Lyon, la lumière du soir dessinant des ombres sur les murs défraîchis. Je serrais ma tasse de thé entre mes mains, tentant de calmer le tremblement qui gagnait mes doigts.
« Tu sais bien que je ne peux pas, Julien… »
Il se leva brusquement, faisant grincer la chaise sur le carrelage. « Tu ne veux pas, c’est tout ! Tu ne veux jamais rien faire pour moi ! »
Son accusation me transperça. J’aurais voulu lui crier que j’avais tout sacrifié pour lui depuis sa naissance, que j’avais travaillé de nuit à l’hôpital pour payer ses études, que j’avais renoncé à tant de choses pour qu’il ne manque de rien. Mais les mots restèrent coincés dans ma gorge. Je vis dans ses yeux la détresse d’un jeune homme au bord du gouffre, et je sentis la culpabilité m’envahir.
Julien avait 27 ans, mais il semblait soudain si fragile. Depuis quelques mois, il vivait à nouveau chez moi après une rupture difficile et la perte de son emploi. Il passait ses journées enfermé dans sa chambre, à envoyer des CV ou à jouer sur son ordinateur. Je savais qu’il avait des dettes, mais jamais je n’aurais imaginé qu’il me demanderait une telle chose.
« C’est juste pour repartir à zéro, maman… Je te promets que je rembourserai tout. »
Sa voix se brisa. Je sentis mes propres larmes monter. Comment refuser à son enfant quand il est au plus mal ? Mais comment accepter de mettre en péril notre avenir pour une promesse incertaine ?
Je pensai à mon propre père, ouvrier à Saint-Étienne, qui m’avait toujours appris à ne jamais vivre au-dessus de ses moyens. « Un crédit, c’est une chaîne », répétait-il. Mais aujourd’hui, c’était mon fils qui me tendait cette chaîne, espérant que je l’enferme avec lui.
La nuit suivante fut blanche. Je priai longuement, cherchant une réponse dans le silence de ma chambre. Je demandai à Dieu de me donner la force de faire ce qui était juste, même si cela devait briser mon cœur de mère.
Le lendemain matin, j’appelai ma sœur Claire. Elle avait toujours été mon roc dans les moments difficiles.
— Tu ne peux pas porter ça toute seule, Lucie, me dit-elle doucement. Tu dois penser aussi à toi.
Mais comment penser à moi quand mon fils souffre ?
Les jours passèrent, Julien s’enfermait dans un mutisme glacial. L’ambiance à la maison était irrespirable. Un soir, alors que je rentrais du travail, je le trouvai assis dans le noir, la tête entre les mains.
— Je t’ai déçue, hein ?
Je m’agenouillai près de lui et posai ma main sur son épaule.
— Non, mon chéri. Mais je ne peux pas te sauver à ma place.
Il releva la tête, les yeux rouges.
— Tu crois que je vais m’en sortir ?
Je pris une profonde inspiration.
— Je crois en toi. Mais tu dois apprendre à te relever par toi-même. Moi aussi, j’ai eu des moments où j’ai cru que tout était fini… C’est la foi qui m’a tenue debout.
Il ne répondit pas tout de suite. Le silence s’installa entre nous, lourd mais nécessaire.
Les semaines suivantes furent difficiles. Julien trouva un petit boulot dans un café du quartier. Il rentrait fatigué mais un peu plus souriant chaque jour. Parfois il rechutait dans le découragement, mais il avançait pas à pas.
Un dimanche matin, alors que nous partions à la messe ensemble — chose rare depuis longtemps — il me serra la main devant l’église Saint-Nizier.
— Merci d’avoir cru en moi… même quand je ne croyais plus en rien.
Je sentis une chaleur douce envahir mon cœur. J’avais eu peur de perdre mon fils en lui disant non ; au contraire, c’est peut-être ce « non » qui l’avait sauvé.
Aujourd’hui encore, il y a des jours où je doute : ai-je fait le bon choix ? Aurais-je dû l’aider autrement ? Mais je sais que parfois aimer son enfant, c’est aussi accepter de le laisser tomber pour qu’il apprenne à se relever.
Et vous… Jusqu’où iriez-vous pour aider ceux que vous aimez ? Faut-il tout sacrifier par amour ou poser des limites pour leur bien ?