Ma belle-mère vit chez nous depuis six mois : mon mari adore, moi je n’en peux plus…

« Tu pourrais au moins lui parler avec un peu plus de respect ! » La voix de Paul résonne dans la cuisine, tranchante, alors que je referme le lave-vaisselle d’un geste sec. Je sens mes mains trembler. Françoise, sa mère, assise à la table, détourne les yeux vers la fenêtre, feignant de ne rien entendre. Mais je sais qu’elle écoute tout.

Cela fait six mois que Françoise vit chez nous. Six mois que notre appartement de Lyon est devenu trop petit pour trois adultes et les non-dits qui s’accumulent. Tout a commencé après son opération du genou. Au début, c’était normal : elle avait besoin d’aide, elle ne pouvait pas marcher, ni se laver seule. J’ai tout fait pour elle, sans compter mes heures. Mais maintenant ? Elle va mieux. Elle marche, elle sort même faire ses courses. Pourtant, elle est toujours là.

Paul trouve ça normal. « C’est ma mère, elle n’a personne d’autre », répète-t-il. Mais il oublie sa sœur, Claire, qui habite à Villeurbanne. Certes, Claire vient d’avoir un bébé, mais pourquoi tout repose-t-il sur moi ? Pourquoi est-ce à moi de supporter les regards critiques de Françoise sur ma façon de cuisiner, d’élever nos enfants, de gérer la maison ?

Je me souviens du premier soir où elle est restée plus longtemps que prévu. J’avais préparé un gratin dauphinois, pensant lui faire plaisir. Elle a goûté une bouchée et a posé sa fourchette : « Chez nous, on met moins de crème. » Paul a ri, moi j’ai souri jaune. Depuis ce jour-là, chaque repas est devenu un examen.

Les semaines ont passé. Françoise a pris ses habitudes : elle regarde ses feuilletons à la télé du salon, elle occupe la salle de bain pendant des heures le matin, elle laisse traîner ses affaires partout. Je n’ai plus d’espace à moi. Même notre chambre conjugale n’est plus un refuge : Paul y invite sa mère pour discuter le soir, pensant que ça me fera plaisir.

Un soir, alors que je rentrais du travail épuisée, j’ai trouvé Françoise en train de fouiller dans mes affaires. « Je cherchais juste une serviette propre », s’est-elle justifiée. Mais je savais qu’elle avait lu mon carnet où je notais mes frustrations. Depuis, je me sens épiée dans ma propre maison.

La tension monte chaque jour un peu plus. Paul ne voit rien ou ne veut rien voir. Il travaille beaucoup et quand il rentre, il se détend avec sa mère devant la télé. Moi, je m’occupe des enfants, du ménage, des courses… et de Françoise. Parfois j’ai l’impression d’être devenue invisible.

Un dimanche matin, alors que je préparais le petit-déjeuner, Françoise a laissé échapper : « Tu sais, Paul aimait mieux le café de son ex. » J’ai failli lâcher la cafetière. Paul n’a rien dit. J’ai encaissé en silence.

J’ai essayé d’en parler à Claire au téléphone : « Tu pourrais peut-être prendre le relais quelques semaines ? » Elle a soupiré : « Avec le bébé c’est compliqué… Et puis maman dit qu’elle se sent bien chez toi. »

Mais moi ? Est-ce que quelqu’un se demande comment je me sens ?

Un soir où Paul était sorti voir des amis, j’ai craqué. J’ai dit à Françoise : « Je crois qu’il serait temps que vous envisagiez de rentrer chez vous ou d’aller chez Claire un moment… » Elle m’a regardée comme si je venais de la trahir : « Après tout ce que j’ai fait pour vous… »

Quand Paul est rentré et que je lui ai raconté la scène, il s’est fâché : « Tu exagères ! Maman n’a plus personne ! »

Je me suis sentie seule au monde.

Depuis ce soir-là, l’ambiance est glaciale. Je fais tout pour éviter Françoise. Les enfants sentent la tension et deviennent nerveux eux aussi. Je dors mal ; parfois je pleure en silence dans la salle de bain pour ne pas réveiller tout le monde.

J’ai même pensé à partir quelques jours chez mes parents à Annecy avec les enfants pour souffler. Mais j’ai peur que Paul ne comprenne pas ce geste.

Je me demande souvent : suis-je égoïste ? Est-ce normal de vouloir retrouver mon intimité ? Est-ce que d’autres femmes vivent la même chose que moi ?

Parfois je me surprends à rêver d’un appartement rien qu’à nous trois — Paul, les enfants et moi — sans personne pour juger ou imposer ses habitudes.

Mais comment faire comprendre à Paul que notre couple est en train de sombrer sous le poids de cette cohabitation forcée ? Que j’étouffe ?

Est-ce vraiment ça, la solidarité familiale ? Ou bien suis-je en train de perdre pied parce que je n’arrive pas à tout supporter ?

Et vous… jusqu’où seriez-vous prêts à aller pour aider votre belle-famille ? Où placer la limite entre l’entraide et le sacrifice de soi ?