L’accouchement qui a brisé mon cœur : Quand mon mari m’a blessée au lieu de me soutenir
« Tu n’es jamais satisfaite, même quand tout se passe bien ! » La voix de Laurent résonne encore dans ma tête, froide, tranchante, alors que je serre la main moite sur le drap d’hôpital. Je viens d’accoucher, je suis épuisée, vidée, mais ce n’est pas la douleur physique qui me fait pleurer. C’est cette phrase, lancée comme un couperet, au moment où j’avais le plus besoin de lui.
Tout avait commencé quelques heures plus tôt, dans la petite maternité de Tours. J’avais rêvé de ce moment pendant des mois : la naissance de notre premier enfant, un petit garçon que nous avions décidé d’appeler Paul. J’imaginais Laurent à mes côtés, me tenant la main, m’encourageant, partageant avec moi ce miracle. Mais dès le début du travail, j’ai senti une tension étrange. Laurent était nerveux, agacé par le moindre détail : la lenteur des sages-femmes, le bruit du monitoring, même ma respiration trop bruyante selon lui.
« Tu pourrais faire un effort pour te calmer », m’a-t-il soufflé entre deux contractions. J’ai voulu lui répondre, mais la douleur m’a coupé la parole. Je me suis sentie seule, incomprise. Ma mère m’avait toujours dit que l’accouchement révélait la vraie nature des couples. Je n’aurais jamais cru que le nôtre serait mis à nu de façon si brutale.
Quand Paul est enfin arrivé, tout s’est accéléré. Les sages-femmes se sont affairées autour de moi, et Laurent est resté en retrait, les bras croisés. Il n’a pas pleuré, il n’a pas souri. Il a juste dit : « Bon, c’est fini maintenant ? » J’ai senti une boule se former dans ma gorge. Je voulais qu’il me serre contre lui, qu’il me dise que j’avais été courageuse. Mais il a détourné le regard.
Le lendemain matin, alors que je tentais d’allaiter Paul pour la première fois, Laurent est entré dans la chambre avec un café à la main. Il a regardé la scène d’un air blasé : « Tu ne sais pas comment t’y prendre… Tu veux que je demande à l’infirmière ? » J’ai senti mes joues brûler de honte. J’avais l’impression d’être jugée à chaque geste.
Les jours suivants ont été un enchaînement de petites humiliations : « Tu ne changes pas la couche comme il faut », « Tu t’inquiètes trop », « Tu ne dors jamais assez ». À chaque remarque, je me refermais un peu plus sur moi-même. J’avais l’impression d’être une mauvaise mère, une mauvaise épouse.
Un soir, alors que Paul pleurait sans s’arrêter et que j’étais au bord des larmes, Laurent a explosé : « Tu fais exprès ou quoi ? On dirait que tu veux qu’il soit malheureux ! » Cette phrase m’a transpercée. J’ai posé Paul dans son berceau et je suis sortie sur le balcon malgré le froid de février. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Je me suis demandé comment on avait pu en arriver là.
Je repensais à notre rencontre à la fac de droit à Poitiers, à nos soirées à refaire le monde dans les cafés du centre-ville. Laurent était drôle, brillant, tendre. Où était passé cet homme ? Avait-il toujours été ainsi et je n’avais rien vu ? Ou bien était-ce moi qui étais devenue insupportable ?
J’ai commencé à douter de tout : de mon couple, de moi-même, même de mon amour pour Paul. Je me sentais piégée dans une spirale d’angoisse et de solitude. J’ai songé à appeler ma sœur Claire, mais j’avais honte d’avouer ce que je vivais.
Un matin, alors que Laurent était parti travailler et que Paul dormait enfin paisiblement sur ma poitrine, j’ai pris une décision. Je ne pouvais plus continuer comme ça. J’ai cherché sur Internet des groupes de soutien pour jeunes mamans à Tours. J’ai trouvé un forum où des femmes racontaient leurs difficultés après l’accouchement : baby blues, incompréhension du conjoint, fatigue extrême… Pour la première fois depuis des semaines, je me suis sentie moins seule.
J’ai commencé à écrire sur ce forum chaque jour. Les réponses bienveillantes m’ont redonné un peu de force. Une femme prénommée Sophie m’a proposé qu’on se retrouve autour d’un café avec d’autres mamans du quartier. J’y suis allée avec Paul dans sa poussette. Nous avons parlé pendant des heures. J’ai ri, j’ai pleuré aussi, mais surtout j’ai compris que je n’étais pas coupable.
Petit à petit, j’ai repris confiance en moi. J’ai osé dire à Laurent ce que je ressentais : « J’ai besoin que tu sois là pour moi, pas contre moi. » Il a d’abord nié tout en bloc : « Tu exagères toujours ! » Mais cette fois-ci, je n’ai pas cédé. Je lui ai proposé qu’on consulte un conseiller conjugal.
Au début, il a refusé. Puis il a accepté d’y aller « pour voir ». Les premières séances ont été difficiles : beaucoup de non-dits sont remontés à la surface. Laurent a fini par avouer qu’il s’était senti impuissant face à ma douleur et qu’il avait réagi en se protégeant derrière l’ironie et la critique.
Ce n’est pas un conte de fées : il y a encore des jours où tout semble fragile. Mais aujourd’hui, je sais que j’ai le droit d’être soutenue et respectée. Je ne suis plus seule face à mes peurs.
Parfois je regarde Paul dormir et je me demande : combien de femmes vivent cela en silence ? Pourquoi est-ce si difficile pour certains hommes d’accompagner leur compagne dans ces moments-là ? Est-ce qu’on peut vraiment changer les choses ensemble ?