Il ne m’a jamais pardonnée : Mon ex-mari m’a jugée sans pitié à cause de la pension alimentaire
« Tu crois vraiment que tu mérites cet argent, Claire ? »
La voix de Marc résonne encore dans ma tête, froide, tranchante, alors que je serre la main de ma fille Louise sur le banc du tribunal. Je n’aurais jamais pensé qu’un jour, il me regarderait avec autant de mépris. Pourtant, nous avons partagé dix ans de vie commune, des vacances en Bretagne, des réveils en douceur dans notre petit appartement de Lyon, et surtout, la naissance de Louise. Mais aujourd’hui, tout cela semble effacé, balayé par la colère et l’amertume.
Je me souviens du matin où tout a basculé. Marc est arrivé en retard pour récupérer Louise. J’étais déjà fatiguée, la nuit avait été courte à cause de ses cauchemars. Il a à peine croisé mon regard en entrant. « Tu pourrais faire un effort pour que tout soit prêt à l’heure », a-t-il lancé sèchement. J’ai senti la colère monter, mais j’ai préféré me taire. Je savais que chaque mot pouvait être utilisé contre moi.
Depuis notre séparation, la vie est devenue une suite d’épreuves. Je travaille à mi-temps dans une petite librairie du quartier Croix-Rousse. Le salaire est modeste, mais j’aime ce contact avec les livres et les clients. Le soir, je rentre dans notre deux-pièces exigu, j’aide Louise à faire ses devoirs sur la table de la cuisine, puis je prépare un dîner simple : des pâtes, une omelette, parfois une tarte aux pommes quand j’ai le temps.
Mais tout cela ne suffit pas à Marc. Il estime que je vis « au-dessus de mes moyens », que je profite du système et de lui. Il ne comprend pas que chaque euro compte, que je dois parfois choisir entre payer l’électricité ou acheter un manteau neuf à Louise pour l’hiver.
Le jour de l’audience, il s’est présenté avec son avocat, tiré à quatre épingles. Moi, j’avais mis ma plus belle robe – celle que j’avais portée au mariage civil de ma sœur – pour me donner du courage. Quand le juge m’a demandé pourquoi je réclamais une augmentation de la pension alimentaire, j’ai senti mes mains trembler.
« Parce que je n’y arrive plus », ai-je murmuré. « Parce que tout augmente, parce que Louise grandit et qu’elle a besoin de chaussures neuves, de livres pour l’école… »
Marc a éclaté : « Elle exagère ! Je verse déjà 300 euros par mois ! Elle n’a qu’à mieux gérer son budget ! »
J’ai senti les regards sur moi : ceux du juge, de l’avocat, même des autres parents qui attendaient leur tour dans le couloir glacé du tribunal. J’avais honte. Honte d’être celle qui demande, qui réclame. Honte d’être jugée comme une profiteuse alors que je me bats chaque jour pour offrir une vie décente à ma fille.
Après l’audience, Marc m’a rattrapée sur le parvis du tribunal. « Tu veux vraiment qu’on en arrive là ? Tu veux qu’on se déchire devant Louise ? »
J’ai serré les dents. « Je veux juste qu’elle ait ce dont elle a besoin. »
Il a haussé les épaules et s’est éloigné sans un mot de plus.
Le soir même, en rentrant chez moi, j’ai retrouvé Louise assise sur le canapé, les yeux rougis. « Papa a dit que tu voulais lui prendre tout son argent… »
Mon cœur s’est brisé. Comment lui expliquer que ce n’est pas une question d’argent mais d’équilibre ? Que je ne veux pas ruiner son père mais simplement assurer son bien-être ?
Les semaines suivantes ont été un calvaire. Marc a commencé à payer en retard, parfois en partie seulement. Il m’envoyait des messages acerbes : « Tu vas finir par me ruiner », « Tu n’as qu’à travailler plus ». J’ai essayé d’en parler à mes parents mais ils ne comprenaient pas non plus : « Tu sais, Claire, il faut apprendre à se débrouiller seule… »
Je me suis sentie terriblement seule. Même mes amies semblaient gênées par mon histoire. Certaines me disaient : « Au moins il paie quelque chose… » D’autres évitaient le sujet.
Un soir, alors que Louise dormait enfin après avoir pleuré parce qu’elle voulait aller chez son père plus souvent – « Là-bas il y a une grande chambre et un jardin » – je me suis effondrée dans la cuisine. J’ai regardé autour de moi : les murs défraîchis, la vaisselle ébréchée, le vieux grille-pain qui ne marche plus très bien… J’ai eu envie de tout envoyer valser.
Mais je me suis levée et j’ai préparé un gâteau au chocolat pour le petit-déjeuner du lendemain. Parce que c’est ce que je sais faire : avancer malgré tout.
Quelques jours plus tard, j’ai reçu la décision du juge : la pension serait augmentée de 50 euros par mois. Ce n’était pas grand-chose mais c’était déjà ça.
Marc m’a appelée furieux : « Tu as gagné… Bravo ! Mais ne compte plus sur moi pour quoi que ce soit d’autre ! »
J’ai raccroché sans répondre. J’ai regardé Louise jouer avec son chaton sur le tapis du salon et j’ai senti une larme couler sur ma joue.
Est-ce que c’est ça être mère célibataire en France aujourd’hui ? Se battre sans cesse pour chaque centime ? Être jugée par son ex-mari, par la justice, par la société entière ?
Et vous… Pensez-vous qu’on comprend vraiment ce que vivent les mères seules ? Est-ce normal d’avoir à se justifier sans arrêt pour vouloir simplement offrir le meilleur à son enfant ?