Derrière les murs : Comment j’ai découvert la vérité sur la nounou de mon fils
— Tu ne me fais donc pas confiance ?
La voix d’Aurélie, ma sœur, résonne dans le salon, mais je n’arrive pas à détacher mes yeux de l’écran de mon téléphone. Je revois encore les images en boucle : mon fils, Paul, deux ans à peine, assis sur le tapis du salon, les joues rouges de larmes. Et puis, cette main qui le tire brusquement par le bras. La main d’Isabelle, la nounou que j’avais choisie après des semaines d’entretiens, de recommandations, de doutes. Je sens mes doigts trembler. Je n’aurais jamais dû regarder ces vidéos. Ou peut-être que si.
Tout a commencé il y a six mois, après la naissance de Paul. J’étais seule avec lui dans notre appartement du 15e arrondissement à Paris. Mon mari, François, travaille tard à l’hôpital ; il n’est presque jamais là avant minuit. Ma mère vit à Lyon et ne peut venir que rarement. J’ai toujours été anxieuse, mais avec Paul, c’est devenu une obsession : et s’il lui arrivait quelque chose ? Et s’il tombait ? Et si quelqu’un lui faisait du mal ?
Quand j’ai repris le travail à la mairie du quartier, il a fallu trouver une solution. Isabelle est arrivée avec son sourire doux, ses références impeccables et son accent du Sud qui me rappelait les vacances chez mes grands-parents. Mais chaque matin, en fermant la porte derrière moi, une angoisse sourde me rongeait l’estomac. J’ai commencé à vérifier les moindres détails : la température du biberon, la position du lit, les jouets rangés. Rien n’y faisait.
Un soir, alors que François dormait déjà, j’ai commandé sur Internet un lot de petites caméras discrètes. Je les ai installées dans le salon et la chambre de Paul, persuadée que c’était pour me rassurer. Mais au fond de moi, je savais que c’était une trahison.
Les premiers jours, rien d’anormal. Isabelle chantait des comptines à Paul, lui lisait des histoires, le berçait tendrement. Mais un mercredi après-midi, alors que je consultais les vidéos sur mon téléphone au bureau, j’ai vu cette scène : Paul pleure et Isabelle perd patience. Elle hausse le ton, le secoue légèrement puis le pose un peu trop brusquement dans son lit. Mon cœur s’est arrêté.
J’ai passé la nuit à revoir les images. Était-ce vraiment grave ? Était-ce juste un moment d’agacement ? Je me suis souvenue de ma propre mère qui criait parfois quand nous étions insupportables. Mais là… c’était mon fils.
Le lendemain matin, j’ai confronté Isabelle.
— Isabelle, est-ce que tout va bien avec Paul ?
Elle m’a regardée droit dans les yeux :
— Oui, pourquoi ? Il a été un peu grognon hier mais rien de spécial.
J’ai failli tout lui dire. Mais je me suis tue. J’ai continué à surveiller les vidéos chaque jour. D’autres scènes sont apparues : Isabelle qui soupire bruyamment en changeant une couche sale ; Isabelle qui laisse Paul pleurer un peu trop longtemps avant de venir le consoler ; Isabelle qui parle au téléphone alors que Paul joue seul dans son parc.
J’en ai parlé à Aurélie.
— Tu deviens parano, m’a-t-elle dit. Tu crois qu’on peut être parfaite tout le temps ?
Mais moi, je ne voyais plus que ces images. J’ai commencé à douter de tout : de mon choix d’avoir repris le travail, de ma capacité à protéger mon fils, même de mon couple. François ne comprenait pas mon obsession.
— Tu veux qu’on vire Isabelle pour quoi ? Parce qu’elle n’est pas parfaite ? Tu crois qu’on trouvera mieux ?
Je me suis enfermée dans le silence et la culpabilité. J’ai fini par convoquer Isabelle pour lui annoncer qu’on ne pouvait plus continuer.
— Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal ?
Sa voix tremblait. J’ai menti :
— Non… c’est juste qu’on va changer d’organisation.
Elle est partie en larmes. Paul a réclamé « Isa » pendant des jours. J’ai cherché une autre nounou mais aucune ne me convenait. J’ai fini par demander un congé parental.
Les semaines ont passé. Paul a retrouvé le sourire mais moi je n’arrivais plus à dormir. J’avais détruit la confiance entre nous tous : François me regardait comme une étrangère ; Aurélie ne venait plus me voir ; même ma mère m’a dit que j’exagérais.
Un soir d’automne, alors que Paul dormait paisiblement contre moi, j’ai repensé à tout ce qui s’était passé. Avais-je eu raison ? Ou avais-je laissé mes peurs tout détruire ?
Aujourd’hui encore, je me demande : comment fait-on pour faire confiance quand on a déjà été trahie ? Est-ce qu’on protège vraiment nos enfants… ou est-ce qu’on les enferme dans nos propres angoisses ? Qu’auriez-vous fait à ma place ?