Le dernier printemps de Valentin : quand l’amitié donne des ailes à l’espoir
— Tu crois qu’on va encore à l’hôpital aujourd’hui ?
La voix de ma mère tremble, mais elle essaie de sourire. Je la regarde, assis sur mon lit, les jambes repliées sous la couverture à motifs de voitures. Je n’ai que neuf ans, mais j’ai l’impression d’avoir déjà vécu mille vies dans ces couloirs blancs où l’odeur du désinfectant colle à la peau. Mon cœur bat trop vite, trop fort, ou parfois pas assez. Les médecins disent que c’est un miracle que je sois encore là.
Papa est déjà parti travailler. Il ne parle plus beaucoup depuis qu’on a appris que ma maladie ne se soignerait pas. Maman fait semblant d’y croire, mais je vois bien ses yeux rougis le soir, quand elle pense que je dors.
Ce matin-là, je n’ai pas envie d’aller à l’hôpital. Je veux juste retourner à l’école, retrouver mes copains, sentir la craie sur mes doigts et entendre la voix de Madame Lefèvre qui s’énerve parce qu’on chahute trop. Mais depuis deux mois, je ne peux plus y aller. Mon cœur est trop fragile.
C’est alors que la sonnette retentit. Maman sursaute. Elle n’attend personne. Elle ouvre la porte et j’entends une voix familière :
— Bonjour madame Martin ! Je peux voir Valentin ?
C’est Sophie. Sophie avec ses tresses blondes et son rire qui fait du bien. Elle tient un sac à dos rose et un grand sourire. Derrière elle, sa maman attend dans la voiture.
— Valentin, tu veux venir te promener avec moi ?
Je regarde maman. Elle hésite, puis elle me laisse faire. Je saute dans mes baskets, j’attrape mon bonnet — il fait encore frais en ce début de printemps — et je sors.
Dans la voiture, Sophie me raconte tout ce que j’ai raté à l’école : les disputes pour savoir qui sera chef de la récré, les blagues de Lucas, le nouveau hamster de la classe… Je ris, ça me fait mal au ventre mais ça fait du bien aussi.
On arrive au parc municipal. Il y a des jonquilles partout et des enfants qui courent. Je sens le vent sur mon visage. Sophie sort un pique-nique de son sac : des sandwiches au jambon-beurre, des fraises et même des bonbons.
— Aujourd’hui, c’est notre journée spéciale, dit-elle en me tendant un sandwich. Tu es mon invité d’honneur !
On s’assoit sur l’herbe. Je ferme les yeux et j’écoute les oiseaux. J’oublie presque la douleur dans ma poitrine.
— Tu sais, Valentin… commence Sophie en triturant une fraise, tu me manques à l’école. C’est pas pareil sans toi.
Je sens mes yeux piquer. Je ne veux pas pleurer devant elle.
— Moi aussi tu me manques…
On parle longtemps. Elle me raconte ses rêves : devenir vétérinaire, voyager à Paris pour voir la Tour Eiffel. Moi, je lui dis que je voudrais juste courir encore une fois sans m’arrêter.
Soudain, elle se lève d’un bond.
— Viens !
Elle m’entraîne vers les balançoires. Je monte doucement, elle me pousse doucement aussi — pas trop fort pour mon cœur fragile. Je ris aux éclats. Les autres enfants nous regardent mais je m’en fiche. À ce moment-là, je suis juste un enfant comme les autres.
Après le parc, on va chez Sophie pour goûter. Sa maman a préparé un gâteau au chocolat. On joue aux cartes avec sa petite sœur Camille qui triche tout le temps. J’oublie tout le reste.
Le soir tombe trop vite. Maman vient me chercher. Elle remercie Sophie et sa maman d’avoir pris soin de moi.
Dans la voiture du retour, je regarde le ciel qui devient rose derrière les immeubles gris de notre quartier HLM à Lille.
— Tu t’es bien amusé ? demande maman.
Je hoche la tête.
— C’était le plus beau jour de ma vie.
À la maison, papa est là. Il me serre fort dans ses bras sans rien dire. Pour une fois, il ne pleure pas.
Les jours passent. Ma santé décline encore un peu plus chaque semaine. Mais ce souvenir reste comme une lumière dans la nuit.
Un matin où je me sens très faible, Sophie m’envoie une lettre :
« Valentin, tu es le garçon le plus courageux que je connaisse. Même si tu n’es plus à l’école avec nous, tu restes mon meilleur ami pour toujours. »
Je relis ces mots encore et encore.
Parfois je me demande : pourquoi moi ? Pourquoi cette maladie ? Pourquoi tant d’enfants doivent-ils souffrir alors qu’ils veulent juste vivre ?
Mais ce jour-là au parc avec Sophie m’a appris que même quand tout semble perdu, il y a toujours une main tendue pour vous rappeler que vous comptez.
Est-ce que vous aussi vous avez déjà ressenti cette force incroyable de l’amitié face à la maladie ou à l’injustice ? Est-ce que vous pensez qu’un simple geste peut vraiment changer une vie ?