« Si tu veux un enfant, il faudra d’abord quitter ma maison » : Comment ma belle-mère a failli briser mon mariage

« Tu ne vas quand même pas laisser ce bébé ruiner ta carrière, Camille ! » La voix de Monique résonne dans le salon, tranchante comme une lame. Je serre les poings, assis à la table, tentant de masquer la colère qui monte en moi. Camille baisse les yeux, ses doigts tremblent autour de sa tasse de thé. Depuis que sa mère a emménagé chez nous, notre appartement du 12ème arrondissement est devenu un champ de bataille.

Tout a commencé il y a six mois, quand Monique a perdu son logement à Boulogne-Billancourt. Camille n’a pas hésité une seconde : « Maman, viens chez nous, tu seras bien ici. » Je n’ai rien dit. Après tout, c’est sa mère. Mais je n’imaginais pas à quel point sa présence allait bouleverser notre équilibre.

Monique s’est installée dans le salon, transformant chaque recoin en territoire conquis. Elle critiquait tout : la façon dont je rangeais les courses, le choix du vin pour le dîner, même la manière dont je regardais Camille. Mais le pire, c’était ses remarques sur notre désir d’enfant. « Un bébé maintenant ? Et ta thèse, Camille ? Tu veux finir comme moi, à dépendre d’un homme ? »

Un soir, alors que je rentrais tard du travail, j’ai surpris une conversation qui m’a glacé le sang.

— Camille, écoute-moi bien. Si tu veux vraiment ce bébé, il faudra d’abord quitter ma maison. Je ne resterai pas ici pour voir ma fille gâcher sa vie.

Camille pleurait en silence. Je me suis approché, la gorge serrée.

— Maman… arrête…

— Non ! J’ai tout sacrifié pour toi ! Tu ne comprends donc pas ?

Je n’ai pas pu me retenir.

— Monique, ça suffit ! Ici, c’est aussi chez moi. Et Camille est libre de ses choix.

Elle m’a lancé un regard noir.

— Tu crois que tu sais ce qui est bon pour elle ? Tu n’es qu’un rêveur, Paul. Tu ne sais rien de la vraie vie.

À partir de ce soir-là, tout a empiré. Monique refusait de me parler. Elle posait des assiettes sales dans l’évier en me défiant du regard. Camille était prise entre deux feux : l’amour filial et notre projet de famille.

Les semaines passaient, et notre couple s’effritait. Les disputes devenaient quotidiennes. Un matin, alors que je préparais du café, Camille a éclaté :

— Je n’en peux plus, Paul ! Je suis fatiguée de choisir entre toi et elle…

Je me suis approché d’elle, tentant de la prendre dans mes bras.

— On doit parler, Camille. Ce n’est plus possible comme ça.

Mais elle s’est dégagée.

— Tu ne comprends pas… Elle est seule. Elle n’a plus rien…

— Et nous ? On n’a plus rien non plus si ça continue !

Le silence s’est abattu sur la cuisine. J’ai vu dans ses yeux la peur de perdre sa mère… ou moi.

Un dimanche après-midi, alors que Monique était sortie faire des courses, j’ai pris la main de Camille.

— Il faut qu’on prenne une décision. On ne peut pas continuer à vivre comme ça. Je t’aime, mais je ne veux pas te perdre à cause de cette situation.

Elle a fondu en larmes.

— Je veux ce bébé, Paul… Mais je ne veux pas abandonner maman.

Je lui ai caressé la joue.

— On peut l’aider autrement. Mais on doit penser à nous aussi.

Quand Monique est rentrée ce soir-là, Camille a pris son courage à deux mains.

— Maman… Il faut que tu trouves une solution pour te reloger. Paul et moi avons besoin d’espace pour notre famille.

Monique a blêmi.

— C’est lui qui t’a monté contre moi ?

— Non, maman… C’est moi qui choisis. Pour une fois dans ma vie, je choisis pour moi.

Monique a claqué la porte de sa chambre. Les jours suivants ont été un enfer : silences lourds, regards accusateurs… Mais peu à peu, Camille et moi avons retrouvé un peu de complicité. Nous avons aidé Monique à chercher un studio social dans le 15ème. Elle a fini par accepter à contrecœur.

Le jour où elle a quitté l’appartement, j’ai ressenti un mélange de soulagement et de tristesse. Camille était effondrée mais soulagée aussi. Nous avons enfin pu parler sereinement de notre avenir et du bébé que nous voulions tant.

Aujourd’hui encore, je repense à ces mois d’enfer et je me demande : jusqu’où doit-on aller par amour pour sa famille ? Est-ce égoïste de penser à soi quand on veut construire son bonheur ? Qu’auriez-vous fait à ma place ?