Quand l’amour s’efface : Mon histoire de femme qui n’aimait plus
« Tu rentres encore tard, Claire ? » La voix de Marc résonne dans le couloir, sèche, presque étrangère. Je pose mon sac sur la commode, j’évite son regard. Il est 21h30, le dîner refroidit sur la table. Je sens la tension, comme chaque soir depuis des mois. Je voudrais lui répondre, lui crier que je n’en peux plus, mais je me contente d’un « Oui, il y avait beaucoup de travail. »
Mais ce soir-là, quelque chose se brise en moi. Je me regarde dans le miroir de l’entrée : cernes sous les yeux, sourire forcé. Où est passée la Claire d’avant ? Celle qui riait aux éclats avec Marc, qui attendait son retour avec impatience ?
Je m’appelle Claire Dubois, j’ai 38 ans, deux enfants – Lucie et Paul – et une vie qui ressemble à celle de tant d’autres femmes françaises. Un pavillon en banlieue parisienne, un mari cadre dans une grande entreprise, des enfants au collège. Mais derrière cette façade parfaite, mon cœur s’est vidé de tout amour pour Marc.
Tout a commencé il y a deux ans. Marc a changé de poste, plus de responsabilités, plus d’absences. Au début, je comprenais. Mais peu à peu, il a cessé de me parler. Nos conversations se limitaient à la logistique : « Qui va chercher Lucie au judo ? », « Tu as payé la cantine ? » Les silences sont devenus notre quotidien.
Un soir, alors que je préparais le dîner, il est entré dans la cuisine sans un mot. J’ai tenté une approche :
— Tu veux goûter la sauce ?
Il a haussé les épaules :
— Comme tu veux.
J’ai senti une boule dans ma gorge. J’aurais voulu qu’il me prenne dans ses bras, qu’il me dise que j’étais belle. Mais il n’a rien vu.
Le premier signe est venu insidieusement : l’indifférence. Je ne cherchais plus son regard, je ne guettais plus ses messages. Je préférais rester tard au bureau ou sortir avec mes collègues. Parmi eux, il y avait Sophie, fraîchement divorcée, qui me disait souvent : « Tu sais Claire, on ne vit qu’une fois. »
Le deuxième signe fut la distance physique. Nos nuits sont devenues froides. Je me tournais vers le mur, feignant le sommeil quand il s’approchait. Un soir, il a murmuré :
— Tu m’aimes encore ?
Je n’ai pas répondu. J’ai fait semblant de dormir. J’avais honte de ce silence mais je ne pouvais pas mentir.
Le troisième signe fut le secret. J’ai commencé à écrire dans un carnet caché au fond du tiroir de ma table de nuit. J’y notais mes peurs, mes envies d’ailleurs, mes rêves d’une autre vie. J’y ai même écrit un jour : « Je ne l’aime plus. » Voir ces mots couchés sur le papier m’a bouleversée.
Un samedi matin, alors que Marc emmenait les enfants à leur entraînement de foot, j’ai reçu un message de mon amie Élodie : « Viens prendre un café chez moi. » Chez elle, tout sentait la liberté retrouvée : des livres partout, des photos de voyages en solo. Elle m’a regardée droit dans les yeux :
— Claire, tu ne peux pas continuer comme ça. Tu te perds.
J’ai éclaté en sanglots. Elle m’a serrée fort contre elle.
Le soir même, Marc m’a demandé :
— Tu es bizarre ces temps-ci… Il y a quelqu’un d’autre ?
J’ai ri nerveusement :
— Non… Il n’y a personne. Juste moi qui me sens vide.
Il a baissé les yeux. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai vu une lueur de tristesse chez lui.
Les semaines ont passé. Les enfants ont senti la tension. Lucie m’a demandé un soir :
— Maman, pourquoi tu pleures dans la salle de bain ?
Je lui ai menti :
— C’est rien ma chérie… Juste fatiguée.
Mais elle savait.
Un dimanche après-midi pluvieux, alors que nous étions tous les quatre devant un film, Marc a posé sa main sur la mienne. J’ai eu un mouvement de recul instinctif. Il a compris. Il a quitté la pièce sans un mot.
Le lendemain matin, il m’attendait dans la cuisine.
— Claire… On ne peut pas continuer comme ça.
J’ai hoché la tête.
— Je sais.
Nous avons parlé longtemps. Pour la première fois depuis des années, nous avons mis des mots sur notre malaise. Il m’a avoué qu’il se sentait seul aussi, qu’il avait peur de me perdre mais qu’il ne savait plus comment me retrouver.
Nous avons décidé de faire une pause. Il est parti vivre chez son frère quelques semaines. Les enfants étaient perdus mais soulagés de ne plus sentir cette tension permanente à la maison.
J’ai redécouvert le silence, la liberté de penser à moi sans culpabilité. J’ai repris le yoga, je suis partie marcher seule en forêt de Fontainebleau. J’ai écrit des lettres à Marc que je n’ai jamais envoyées.
Un soir d’été, il est revenu pour parler du futur.
— Est-ce qu’on peut recommencer ?
J’ai regardé ses yeux fatigués mais sincères.
— Je ne sais pas… Peut-être qu’on s’est trop oubliés.
Aujourd’hui encore je me demande : est-ce qu’on peut vraiment raviver une flamme éteinte ? Ou faut-il accepter que l’amour change et parfois s’en va ?
Et vous… avez-vous déjà senti votre cœur se vider sans savoir comment le remplir à nouveau ?