Quand la nouvelle compagne de mon ex-mari a bouleversé ma vie : Mon combat pour rester la mère de mon fils

« Tu ne comprends donc pas que Lucas ne veut plus te voir ? » La voix de Camille résonne encore dans ma tête, froide, tranchante, alors que je serre la main de mon fils dans le couloir du tribunal de Nanterre. Je m’appelle Claire, j’ai 38 ans, et jamais je n’aurais cru devoir me battre ainsi pour rester la mère de mon propre enfant.

Tout a commencé il y a deux ans, quand Julien et moi avons décidé de divorcer. Notre histoire s’était essoufflée, mais nous étions restés en bons termes pour Lucas, notre petit garçon de huit ans. Les premiers mois, tout s’est passé dans une entente cordiale : garde alternée, anniversaires partagés, même les vacances d’été à La Baule étaient organisées sans heurts. Je croyais naïvement que nous avions réussi là où tant d’autres échouaient.

Puis Camille est entrée dans la vie de Julien. Au début, elle semblait douce, attentive avec Lucas. Mais très vite, j’ai senti un malaise. Un jour, Lucas est rentré chez moi les yeux rouges, silencieux. « Maman, pourquoi Camille dit que tu es méchante avec papa ? » J’ai senti mon cœur se serrer. J’ai tenté de rassurer mon fils, mais ce n’était que le début.

Les semaines suivantes, les tensions se sont multipliées. Camille s’est mise à m’envoyer des messages passifs-agressifs : « Lucas préfère rester chez nous ce week-end », ou encore « Peut-être qu’il serait mieux pour lui d’avoir une vraie famille stable ». Julien, d’habitude si raisonnable, semblait peu à peu se ranger du côté de Camille. Un soir, alors que je venais chercher Lucas, elle m’a barré la porte :

— Claire, tu devrais vraiment penser à ce qui est le mieux pour Lucas. Il est perturbé par tous ces allers-retours.
— Je suis sa mère ! ai-je répondu, la voix tremblante.
— Justement… Il a besoin d’une mère qui pense à son bonheur avant tout.

Je suis rentrée chez moi en larmes ce soir-là. Ma propre famille ne comprenait pas ce que je vivais. Ma sœur Sophie me disait : « Laisse couler, Claire, ça va se tasser. » Mais rien ne se tassait. Au contraire. Camille a commencé à organiser des goûters d’anniversaire sans m’inviter, à inscrire Lucas à des activités sans me consulter. Un jour, j’ai découvert qu’elle avait contacté l’école pour demander à être ajoutée comme « référente » sur le dossier de mon fils.

J’ai tenté d’en parler à Julien :

— Tu ne trouves pas qu’elle va un peu trop loin ?
— Camille veut juste le bien de Lucas… Peut-être que tu devrais essayer de t’entendre avec elle.

J’avais l’impression d’être effacée peu à peu de la vie de mon propre enfant. Les jugements implicites de Camille sur ma façon d’éduquer Lucas me hantaient. Elle critiquait mes choix alimentaires (« Tu lui donnes encore du Nutella ? »), mes horaires (« Il se couche trop tard chez toi »), jusqu’à mes fréquentations (« Tu devrais éviter que Lucas voie ton ami Paul »).

Un soir d’hiver, Lucas a refusé de venir chez moi. Il pleurait au téléphone :

— Camille dit que tu es triste tout le temps et que c’est mieux si je reste ici…

J’ai compris que je devais réagir. J’ai pris rendez-vous avec une médiatrice familiale. Mais Camille refusait toute discussion directe. Elle disait à Julien qu’elle avait peur de moi, qu’elle se sentait menacée par ma présence. Petit à petit, même mes beaux-parents ont pris ses distances : « Camille est très investie dans la vie de Lucas… Peut-être qu’il faut lui laisser sa place », m’a dit un jour la mère de Julien.

J’ai commencé à douter de moi-même. Suis-je une mauvaise mère ? Est-ce que Lucas serait plus heureux sans moi ? Mais chaque fois que je voyais ses yeux briller quand il retrouvait son doudou chez moi, chaque fois qu’il riait en jouant au foot dans le parc près du canal Saint-Martin, je savais que notre lien était intact.

La situation a empiré quand Camille a proposé à Julien de demander la garde exclusive. J’ai reçu une convocation au tribunal. La veille de l’audience, j’ai passé la nuit à relire nos photos de famille, à pleurer sur les dessins que Lucas m’avait faits : « Maman je t’aime ». Au tribunal, Camille a pris la parole avant moi :

— Je pense que Lucas serait mieux avec nous. Claire est instable émotionnellement et ça perturbe l’enfant.

J’ai eu envie de hurler. Mais j’ai tenu bon. J’ai parlé de mon amour pour Lucas, des efforts faits pour préserver son équilibre malgré la douleur du divorce. Le juge a finalement maintenu la garde alternée.

Mais rien n’est plus comme avant. Je vis avec la peur constante d’être remplacée dans le cœur de mon fils par une femme qui n’a jamais connu nos nuits blanches ni nos fous rires du dimanche matin. Parfois je me demande : combien d’entre nous vivent ce genre d’injustice silencieuse ? Combien de mères doivent se battre pour ne pas disparaître ?

Et vous… jusqu’où iriez-vous pour protéger votre place auprès de votre enfant ?