J’ai cru que vivre avec ma cousine serait une bonne idée… Jusqu’à ce que tout bascule
« Tu comptes vraiment garder ce vieux pull ? » La voix de Camille résonne dans le salon, tranchante, alors que je replie soigneusement mon unique pull d’hiver, déniché l’an dernier chez Emmaüs. Je serre les dents. Depuis qu’elle a emménagé il y a trois semaines, chaque jour ressemble à une épreuve. Pourtant, quand je lui ai proposé de venir vivre avec moi dans mon petit deux-pièces à Nantes, j’étais sincèrement enthousiaste. Camille, c’est ma cousine préférée, celle avec qui je partageais mes secrets d’enfance, mes rêves de liberté et de grandes études à Paris. Mais la vie en colocation, ce n’est pas la vie rêvée des vacances chez Mamie.
Tout a commencé par une évidence : seule avec mon salaire de vendeuse à temps partiel dans une librairie, impossible de joindre les deux bouts. Je n’ai jamais eu honte de traquer les promos chez Leclerc, de fouiller les rayons des friperies ou de compter chaque centime avant d’acheter un paquet de pâtes. Je ne me souviens même plus de la dernière fois où je me suis offert quelque chose rien que pour moi. Alors, quand Camille m’a appelée, en pleurs après une rupture difficile et un licenciement, j’ai pensé que ce serait l’occasion parfaite : partager les frais, s’entraider, retrouver un peu de chaleur humaine.
Mais très vite, les fissures sont apparues. Camille n’a jamais vraiment connu le manque. Chez elle, on commande sur Deliveroo sans regarder le prix, on change de téléphone dès qu’un nouveau modèle sort. Dès la première semaine, elle a rempli le frigo de produits bio hors de prix et a laissé traîner des emballages partout. « Tu sais que les yaourts nature sont moins chers ? » ai-je tenté timidement. Elle a levé les yeux au ciel : « On ne va pas se priver pour économiser trois euros ! »
Les disputes ont commencé à éclater pour des broutilles : la vaisselle pas faite, la lumière laissée allumée dans la salle de bain, le chauffage monté à fond alors que je surveille chaque kilowattheure. Un soir, alors que je rentrais épuisée du travail, j’ai trouvé Camille en train d’organiser un apéro avec ses amis. Mon salon était envahi de rires et de verres vides. Je me suis sentie étrangère chez moi. « Tu aurais pu me prévenir… » ai-je murmuré. Elle a haussé les épaules : « Tu travailles tout le temps, il faut bien que l’appart vive un peu ! »
Petit à petit, j’ai commencé à m’effacer. Je me suis réfugiée dans ma chambre, casque sur les oreilles pour étouffer le bruit des soirées improvisées. Je me suis surprise à compter les jours jusqu’à la fin du mois, espérant qu’elle trouverait vite un autre logement. Mais Camille semblait s’installer pour durer. Elle ne cherchait plus vraiment d’emploi ; elle passait ses journées sur Instagram ou à faire du shopping en ligne avec l’argent que ses parents lui envoyaient.
Un soir d’hiver, alors que je fouillais dans mon porte-monnaie pour acheter du pain, j’ai découvert qu’il ne me restait plus que quelques pièces rouges. J’ai osé demander à Camille si elle pouvait avancer sa part du loyer. Elle a soupiré : « Tu stresses trop pour l’argent, détends-toi ! » J’ai senti une colère sourde monter en moi. « Facile à dire quand on n’a jamais manqué de rien… » Elle m’a regardée comme si j’étais une étrangère : « Tu devrais apprendre à profiter un peu de la vie ! »
Ce soir-là, j’ai craqué. J’ai vidé mon sac : la fatigue, l’impression d’être invisible chez moi, le poids des factures qui s’accumulent pendant qu’elle vit comme si tout lui était dû. Camille a éclaté en sanglots : « Tu crois que c’est facile pour moi ? J’ai tout perdu… » J’ai eu honte de ma dureté mais aussi de ma faiblesse. Nous avons pleuré ensemble, deux cousines perdues dans un appartement trop petit pour nos rêves et nos blessures.
Depuis cette nuit-là, rien n’a vraiment changé. Camille fait des efforts mais retombe vite dans ses travers. Je continue à compter chaque euro et à m’effacer pour éviter les conflits. Parfois, je me demande si l’amour familial suffit à supporter autant de différences. Est-ce que partager son toit avec quelqu’un qu’on aime vaut vraiment tous ces sacrifices ? Ou bien faut-il parfois choisir sa propre paix au détriment des liens du sang ?
Et vous, jusqu’où seriez-vous prêts à aller pour aider un proche… quitte à vous perdre vous-même ?