J’ai choisi ma belle-fille plutôt que mon propre fils : mon cœur de mère en morceaux
« Tu ne peux pas continuer comme ça, Paul ! » Ma voix tremblait, mais je devais tenir bon. Il était 7h du matin, la lumière grise filtrait à peine à travers les volets de notre appartement à Nantes. Paul, mon fils unique, me fixait avec des yeux pleins de colère et d’incompréhension. Derrière lui, Camille, sa femme, serrait leur petite fille contre elle, le visage ravagé par les larmes.
Je n’aurais jamais imaginé en arriver là. Mais depuis des mois, la tension était devenue insupportable. Paul avait perdu son emploi il y a presque un an. Au début, j’ai tout fait pour le soutenir. Je l’ai accueilli, lui et sa famille, chez moi, pensant que ce serait temporaire. Mais les semaines sont devenues des mois. Paul s’est enfermé dans une spirale de colère et d’amertume. Il passait ses journées à jouer sur son téléphone, à râler contre tout et tout le monde, surtout contre Camille.
Un soir, alors que je préparais le dîner, j’ai entendu des cris dans le salon. Camille pleurait, Paul hurlait. Leur petite fille, Lucie, s’était réfugiée sous la table. J’ai accouru :
— Paul, arrête ! Tu fais peur à ta fille !
Il m’a regardée comme si j’étais une étrangère. Camille m’a suppliée du regard. J’ai compris ce soir-là que je ne pouvais plus détourner les yeux.
Les jours suivants, j’ai essayé de parler à Paul. Il me repoussait :
— Tu prends toujours sa défense ! Tu n’as jamais été de mon côté !
Mais comment rester neutre quand on voit son fils devenir un étranger ? Quand on voit sa belle-fille s’éteindre à petit feu ?
Un matin, Camille est venue me voir dans la cuisine. Elle tremblait :
— Je ne peux plus… Je vais partir avec Lucie. Je ne veux pas qu’elle grandisse dans cette ambiance.
Son regard m’a transpercée. J’ai pensé à Lucie, à ses yeux tristes qui ne comprenaient rien à tout ça. J’ai pensé à Camille, qui avait tout quitté pour suivre Paul ici, loin de sa famille à Lyon.
C’est là que j’ai pris ma décision. J’ai attendu que Paul se lève. Je lui ai demandé de s’asseoir.
— Paul, il faut que tu partes.
Il a éclaté de rire :
— Quoi ? Tu me vires de chez toi ? Pour elle ?
— Pour Lucie… et pour toi aussi. Tu as besoin d’aide, Paul. Mais tu ne peux pas continuer à faire souffrir ta famille sous mon toit.
Il a jeté sa tasse contre le mur. Le bruit a réveillé Lucie qui s’est mise à pleurer. Camille l’a prise dans ses bras et s’est réfugiée dans la chambre.
Paul est parti ce jour-là. Il a claqué la porte sans se retourner. Depuis, il ne m’a plus donné de nouvelles.
Camille est restée quelques semaines avec moi. Petit à petit, elle a repris des couleurs. Lucie a recommencé à rire. Mais chaque soir, je m’enferme dans la salle de bains et je pleure en silence. Ai-je trahi mon fils ? Aurais-je dû faire autrement ?
Ma sœur Claire me dit que j’ai bien fait :
— Tu as protégé ta petite-fille et ta belle-fille. C’est ça être une mère aujourd’hui : savoir dire stop.
Mais ma mère, elle, me juge :
— On n’abandonne pas son enfant, quoi qu’il fasse.
Je me sens seule face à ce choix impossible. Je repense à Paul enfant, à ses rires dans le jardin, à ses bras autour de mon cou quand il avait peur du noir. Où est passé ce petit garçon ? Est-ce moi qui ai raté quelque chose ?
Camille m’aide beaucoup à la maison maintenant. On parle souvent le soir en buvant une tisane. Elle me dit merci d’avoir eu le courage de protéger Lucie. Mais je sens sa tristesse aussi : elle aurait voulu que Paul change.
Parfois, je reçois des messages anonymes sur Facebook : « On ne vire pas son fils pour une étrangère ! » Ça me fait mal mais je comprends aussi la colère des gens qui ne connaissent pas toute l’histoire.
Aujourd’hui, je partage mon histoire ici parce que je ne sais plus quoi penser. Est-ce qu’on peut être une bonne mère en choisissant d’éloigner son propre fils pour protéger les autres ? Est-ce que vous auriez fait pareil ?
Je regarde Lucie jouer dans le salon et je me demande : ai-je sauvé ma famille ou l’ai-je brisée pour toujours ? Est-ce qu’on peut vraiment aimer sans parfois devoir dire non ?