J’ai caché à mon mari que je gagnais plus : il m’a quittée pour retourner chez sa mère
« Tu me mens depuis combien de temps, Camille ? »
La voix de Guillaume résonne dans le salon, tranchante comme un couteau. Je serre la tasse de café entre mes mains tremblantes, incapable de soutenir son regard. Il vient de découvrir mes relevés bancaires, posés là, sur la table basse, comme une preuve irréfutable de ma trahison.
« Ce n’est pas ce que tu crois… »
Il éclate de rire, un rire amer, blessé. « Ah bon ? Parce que moi, je crois que tu gagnes plus que ce que tu dis depuis des mois. Et tu ne m’as rien dit. »
Je ferme les yeux. Je revois la scène, il y a six mois, quand mon patron m’a appelée dans son bureau. « Camille, tu fais un travail remarquable. On te propose le poste de responsable d’équipe. » Une augmentation de 600 euros par mois. J’étais fière, bien sûr. Mais en rentrant à la maison, j’ai vu Guillaume, affalé sur le canapé, en train de regarder un match avec sa mère au téléphone sur haut-parleur. Ils riaient, parlaient déjà du prochain week-end à Deauville alors qu’on venait à peine de finir de payer le loyer.
Guillaume a toujours vécu au jour le jour. Sa mère, Monique, est pareille : elle dépense tout ce qu’elle a dès qu’elle touche sa retraite. Les fins de mois sont toujours difficiles chez eux. Quand on s’est mariés, j’ai cru pouvoir l’aider à changer. Mais très vite, j’ai compris que c’était moi qui devrais m’adapter.
Les premières années, c’était presque drôle : une semaine on sortait au restaurant, la suivante on mangeait des pâtes au beurre parce qu’il n’y avait plus rien sur le compte. Mais à force, j’ai commencé à angoisser. Je voulais une vie stable, pouvoir mettre un peu d’argent de côté pour les vacances ou pour réparer la voiture sans paniquer.
Alors quand j’ai eu cette promotion, j’ai décidé de ne rien dire. J’ai ouvert un livret d’épargne à mon nom. Je mettais chaque mois une partie de mon salaire de côté. Le reste, je le laissais sur notre compte commun comme avant. Guillaume n’a rien vu venir.
Mais aujourd’hui, tout explose.
« Tu m’as trahi ! » crie-t-il en jetant sa veste dans sa valise.
Je tente de le raisonner : « Guillaume, écoute-moi… Ce n’est pas contre toi. J’avais juste besoin de sécurité. Tu sais très bien comment ça se passe avec l’argent… »
Il me coupe : « Tu crois que je suis un gamin ? Que je ne sais pas gérer ? »
Je baisse la tête. Je pense à toutes ces fois où il a vidé notre compte pour acheter une nouvelle télé ou inviter ses copains à dîner sans prévenir. À chaque fois, c’était moi qui devais jongler pour payer les factures.
Il attrape son téléphone et compose le numéro de sa mère.
— Maman ? Oui… Je rentre à la maison. Camille m’a menti… Oui… Non, je ne veux plus rester ici.
Je sens les larmes monter mais je me retiens. Il claque la porte derrière lui sans un regard.
Le silence s’abat sur l’appartement. Je m’effondre sur le canapé, vidée.
Les jours suivants sont un supplice. Monique m’appelle pour me dire que je suis égoïste, que je n’ai pas confiance en son fils. Elle me reproche d’avoir « brisé la famille ». Guillaume ne répond pas à mes messages.
Au travail, je fais semblant que tout va bien. Mais chaque soir en rentrant dans cet appartement trop grand pour moi seule, je me demande si j’ai fait le bon choix.
Un soir, ma sœur Élodie vient dîner.
— Tu sais Camille… Peut-être que tu aurais dû lui en parler avant ?
Je hausse les épaules :
— Il aurait tout dépensé… On aurait encore fini le mois à découvert.
— Mais tu ne peux pas construire un couple sur des secrets.
Je sais qu’elle a raison. Mais comment faire quand on n’a plus confiance ?
Un samedi matin, Guillaume débarque sans prévenir. Il a l’air fatigué, mal rasé.
— Je viens chercher mes affaires.
Je le regarde remplir ses sacs en silence. J’aimerais lui dire que je l’aime encore, que je regrette peut-être d’avoir menti… mais aussi que j’avais peur pour nous deux.
Avant de partir, il se tourne vers moi :
— Tu sais Camille… Peut-être qu’on n’était pas faits pour vivre ensemble. Toi tu veux tout contrôler… Moi j’ai besoin de profiter de la vie.
Il claque la porte une dernière fois.
Aujourd’hui, je suis seule dans cet appartement silencieux. J’ai de l’argent de côté, oui… Mais à quoi bon si c’est pour se retrouver sans personne avec qui partager ?
Est-ce qu’on peut vraiment aimer quelqu’un qui ne partage pas nos valeurs ? Est-ce que la sécurité vaut plus que la confiance ? Qu’auriez-vous fait à ma place ?