Devrais-je vraiment quitter ma chambre pour une pièce de passage ? Mon histoire de famille compliquée…

« Camille, tu pourrais faire un effort, non ? » La voix de ma mère résonne dans le couloir, sèche et fatiguée. Je serre les poings sur mes draps, le cœur battant trop fort. Encore une dispute. Encore cette sensation d’être de trop dans ma propre maison.

Tout a commencé il y a deux mois, quand mon frère aîné, Julien, est revenu vivre chez nous après sa rupture. Il a débarqué avec ses cartons, son air sombre et ses silences pesants. Ma petite sœur, Léa, n’a pas tardé à se plaindre : « Il prend toute la place ! » Et moi, coincée entre eux, j’ai essayé de faire comme si tout allait bien. Mais ce soir-là, tout a explosé.

« Camille, tu pourrais laisser ta chambre à Julien, il a besoin d’intimité pour ses recherches d’emploi », insiste ma mère en croisant les bras. Mon père, assis au bout du couloir, évite mon regard. Je sens la colère monter : « Et moi alors ? J’ai pas besoin d’intimité peut-être ? »

Ma mère soupire. « Tu pourrais t’installer dans la pièce de passage. Ce n’est pas si terrible. »

La pièce de passage… Ce salon minuscule entre la cuisine et la salle de bains, où tout le monde passe dix fois par jour. Pas de porte, juste un rideau qui ne ferme jamais vraiment. Je me revois petite, jouant à cache-cache derrière ce rideau avec Léa. Aujourd’hui, c’est là qu’on voudrait me reléguer.

Je me lève brusquement et claque la porte de ma chambre. Les larmes me montent aux yeux. Pourquoi c’est toujours à moi de céder ? Pourquoi personne ne comprend que j’ai besoin d’un endroit à moi ?

Le lendemain matin, le malaise flotte dans l’air comme une odeur de café brûlé. Julien évite mon regard en traversant le couloir avec son mug ébréché. Léa me lance un sourire gêné : « Tu veux que je t’aide à déménager tes affaires ? »

Je secoue la tête. « J’ai pas encore décidé. »

À l’école, impossible de me concentrer. Je repense à la nuit dernière : les voix étouffées de mes parents derrière la porte, les soupirs de Julien dans le salon, Léa qui pleure en silence parce qu’elle ne supporte plus les cris. J’ai l’impression que notre famille se fissure un peu plus chaque jour.

Le soir venu, je m’enferme dans ma chambre et j’envoie un message à mon amie Chloé :

— Tu ferais quoi à ma place ?

Elle répond presque aussitôt :

— Franchement, c’est chaud… Mais t’as pas envie que ça s’arrange avec ta famille ? Peut-être que ça calmerait tout le monde si tu acceptais.

Je relis son message en boucle. Est-ce que c’est à moi de porter tout ça ? Est-ce que je dois sacrifier mon espace pour préserver une paix fragile ?

Ma mère frappe doucement à la porte.

« Camille… On sait que ce n’est pas facile pour toi. Mais Julien traverse une période compliquée. On essaie juste de trouver une solution pour tout le monde… »

Je ravale mes larmes. « Et moi alors ? J’existe aussi… »

Elle s’assoit sur le lit, pose sa main sur la mienne. « Je sais. Mais tu es forte, toi. Tu t’adaptes toujours… »

Cette phrase me transperce. Être forte… Est-ce que ça veut dire qu’on peut toujours me demander plus ? Que je dois toujours être celle qui cède ?

Les jours passent et la tension ne retombe pas. Julien s’enferme dans ma chambre pour passer des entretiens en visio ; Léa s’enferme dans la salle de bains pour pleurer ; mes parents s’enferment dans leur silence coupable. Moi, je tourne en rond dans cette pièce de passage qui n’est même pas encore la mienne.

Un soir, alors que je range mes affaires dans des cartons, Léa s’approche timidement.

« Tu m’en veux si tu déménages ? »

Je secoue la tête. « Non… Mais j’ai peur d’être oubliée ici. »

Elle me serre fort dans ses bras. « Je t’oublierai jamais, Camille. »

Les larmes coulent sans que je puisse les retenir.

Le lendemain matin, je m’installe dans la pièce de passage avec mon matelas et quelques posters arrachés du mur. Mon père passe devant moi sans un mot ; ma mère me lance un sourire triste ; Julien ferme la porte de ma chambre derrière lui.

La nuit tombe et je n’arrive pas à dormir. Chaque bruit me rappelle que je n’ai plus d’intimité : les pas dans le couloir, l’eau qui coule dans la salle de bains, les éclats de voix dans la cuisine.

Je me demande si j’ai fait le bon choix. Est-ce que céder pour préserver la paix familiale est vraiment une preuve de maturité ? Ou est-ce simplement accepter d’être invisible ?

Et vous, à ma place… Qu’auriez-vous fait ? Est-ce qu’on doit toujours sacrifier son espace pour ceux qu’on aime ?