Ce soir-là où tout a basculé : Quand j’ai découvert que Guillaume aimait une autre

« Tu rentres tard, encore ? » Ma voix tremble à peine, mais je sais que Guillaume l’entend. Il ne répond pas tout de suite. Il pose sa veste sur le dossier de la chaise, évite mon regard. La pluie martèle les vitres de notre appartement à Nantes, et le silence s’installe, lourd, presque suffocant.

Je serre la tasse de thé entre mes mains glacées. Depuis des semaines, quelque chose a changé. Les sourires forcés, les baisers absents, les dîners silencieux. Mais ce soir-là, ce n’est plus seulement un pressentiment. C’est une certitude qui me ronge de l’intérieur.

Guillaume s’enferme dans la salle de bain. Mon cœur bat trop fort. Je n’en peux plus d’attendre, de douter. Je prends son téléphone resté sur la table basse. Je sais que c’est mal, mais la peur est plus forte que la honte. Je déverrouille l’écran. Une conversation avec « Camille » s’affiche en haut. Je n’ai jamais entendu parler d’elle.

Je lis. Les mots me frappent comme des gifles : « Tu me manques », « J’ai hâte de te revoir », « Je pense à toi tout le temps ». Mon souffle se coupe. Guillaume écrit qu’il ne supporte plus notre routine, qu’il rêve d’une nouvelle vie avec elle. Je relis encore et encore, espérant que ce soit un cauchemar.

Quand il sort enfin de la salle de bain, je suis assise sur le canapé, le téléphone dans la main. Il comprend tout de suite. Son visage se ferme, il détourne les yeux.

— Depuis combien de temps ?

Ma voix est rauque, étrangère. Il hésite, puis lâche :

— Trois mois.

Trois mois… Trois mois où il a fait semblant, où il m’a menti chaque jour. Je sens la colère monter, mais c’est surtout une immense tristesse qui m’envahit.

— Tu l’aimes ?

Il ne répond pas tout de suite. Puis il hoche la tête.

Je me lève brusquement. La pièce tourne autour de moi. J’ai envie de hurler, de tout casser, mais je reste là, figée.

— Et moi ? Et notre fille ?

Il baisse la tête. Notre fille… Louise dort dans sa chambre, innocente, inconsciente du drame qui se joue à quelques mètres d’elle.

— Je suis désolé, murmure-t-il.

Je pars dans la cuisine, m’adosse au frigo pour ne pas tomber. Les souvenirs défilent : notre mariage à la mairie du centre-ville, les vacances en Bretagne, les premiers pas de Louise… Tout ça pour finir comme ça ?

Les jours suivants sont un enfer. Guillaume dort sur le canapé. On se croise sans se parler ou alors pour s’engueuler à voix basse pour ne pas réveiller Louise. Ma mère m’appelle tous les soirs :

— Tu veux que je vienne ?

Mais je refuse. J’ai honte d’avouer que mon couple s’effondre alors que tout le monde pensait qu’on était heureux.

Au travail, je fais semblant d’aller bien. Mes collègues me parlent des grèves à la SNCF ou du dernier match du FC Nantes, mais je n’écoute rien. Dans le métro, je regarde les autres femmes et je me demande si elles aussi ont déjà eu le cœur brisé comme ça.

Un soir, Louise me demande :

— Pourquoi papa ne vient plus me lire d’histoire ?

Je retiens mes larmes et lui invente un mensonge :

— Il est très fatigué en ce moment.

Mais elle n’est pas dupe. Elle me serre fort dans ses bras et je comprends que je dois être forte pour elle.

Guillaume finit par partir une semaine plus tard. Il prend quelques affaires et promet de passer voir Louise tous les mercredis et un week-end sur deux. Je ferme la porte derrière lui et m’effondre par terre, incapable de respirer.

Les semaines passent. Les fêtes approchent. Je dois expliquer à ma famille pourquoi Guillaume ne sera pas là pour Noël. Mon père fulmine :

— Ce type ne mérite pas ma fille !

Ma sœur essaie de me consoler :

— Tu es forte, tu vas t’en sortir.

Mais je ne me sens pas forte du tout. Je me sens vide.

Un soir de janvier, alors que Louise dort chez ses grands-parents, je sors seule marcher sur les bords de l’Erdre. Le froid me mord le visage mais ça me fait du bien. Je repense à tout ce que j’ai perdu mais aussi à ce que j’ai encore : ma fille, mon travail, mes amis.

Un jour, Camille m’appelle. Elle veut « parler ». J’hésite puis j’accepte de la rencontrer dans un café du centre-ville. Elle est nerveuse, plus jeune que moi.

— Je suis désolée… Je ne voulais pas détruire votre famille.

Je la regarde droit dans les yeux.

— Ce n’est pas toi qui as détruit ma famille. C’est lui qui a choisi.

Elle baisse la tête et je sens que ma colère commence à s’apaiser. Ce n’est pas elle mon ennemie.

Petit à petit, j’apprends à vivre seule avec Louise. On invente de nouveaux rituels : des soirées crêpes devant un dessin animé, des balades au parc floral… Parfois c’est dur, surtout quand je croise des couples heureux ou quand Louise demande pourquoi papa ne rentre pas à la maison.

Mais je découvre aussi une force en moi que je ne soupçonnais pas. Je reprends contact avec des amis perdus de vue, je m’inscris à un cours de yoga… Un collègue me propose d’aller boire un verre après le travail mais j’ai peur d’ouvrir mon cœur à nouveau.

La confiance… Comment refaire confiance après une telle trahison ? Comment croire qu’on peut encore être aimée sans être trompée ?

Parfois je me demande : est-ce que c’est moi qui ai raté quelque chose ? Est-ce qu’on peut vraiment se reconstruire après avoir été trahie par celui qu’on aimait le plus au monde ? Et vous… avez-vous déjà réussi à refaire confiance après une telle blessure ?