« Attends avant de te marier, Lili ! » – Mon combat pour échapper à l’emprise de ma belle-famille

« Lili, tu ne vas quand même pas porter cette robe, si ? » La voix de ma future belle-mère, Monique, résonne dans la cuisine, tranchante comme un couteau. Je serre la poignée de ma tasse de café, les jointures blanchies. Autour de la table, tout le monde s’est figé. Mon père baisse les yeux, ma mère tente un sourire gêné. Seul Paul, mon fiancé, ose lever la tête : « Maman, laisse Lili choisir… » Mais Monique l’interrompt d’un geste sec : « C’est notre famille qui accueille, c’est notre nom qui sera sur les photos. Il faut que tout soit parfait. »

Depuis que Paul m’a demandée en mariage, je vis dans une sorte de rêve éveillé qui tourne au cauchemar. Au début, j’étais heureuse. Nous avions prévu une cérémonie simple à la mairie de Tours, suivie d’un déjeuner champêtre dans le jardin de mes parents. Mais très vite, la famille de Paul a pris les choses en main. Monique a imposé le traiteur – un ami de la famille –, le choix du vin – exclusivement du Bordeaux –, et même la couleur des nappes – ivoire, pas blanc cassé. « C’est plus chic », disait-elle.

Je me suis tue. J’ai souri. J’ai accepté. Mais chaque matin, en me regardant dans le miroir, je me reconnais moins. Où est passée la Lili qui rêvait d’une robe fluide et de fleurs des champs dans les cheveux ? Où est passée la Lili qui voulait danser pieds nus sous les lampions ?

Hier soir encore, j’ai surpris une conversation entre Paul et son père, Gérard.

— Elle n’a pas l’air très investie, ta Lili…
— Papa, elle fait ce qu’elle peut.
— Ce mariage, c’est aussi pour nous. Il faut qu’elle comprenne.

Comprendre quoi ? Que je dois m’effacer pour entrer dans leur moule ? Que ma vie ne m’appartient plus ?

Ce matin-là, alors que je tente d’avaler mon café froid, Monique continue son monologue :

« Et puis il faudra penser à changer de coiffure. Les cheveux lâchés, ce n’est pas très sérieux pour une mariée. Tu pourrais demander à ma coiffeuse, elle fait des merveilles avec les chignons… »

Je sens mes larmes monter. Je me lève brusquement.

— Excusez-moi… Je dois sortir prendre l’air.

Dehors, l’air est lourd malgré le printemps. Je marche sans but dans les rues de Tours, les souvenirs de mon enfance me reviennent en rafale. Les dimanches chez mes grands-parents, les pique-niques sur les bords de Loire… J’étais libre alors. Je savais ce que je voulais.

Mon téléphone vibre. Un message de Paul : « Tout va bien ? Reviens vite… Maman s’inquiète. »

Je n’en peux plus. Je m’assois sur un banc et compose le numéro de mon amie Camille.

— Lili ? Tu as une voix bizarre…
— Camille, je crois que je ne peux plus… Je ne me reconnais plus.
— Tu veux que je vienne te chercher ?
— Non… Oui… Je ne sais pas.

Elle arrive vingt minutes plus tard, essoufflée mais déterminée.

— Viens chez moi ce soir. Tu as besoin de souffler.

Chez Camille, tout est simple. On boit du thé en silence. Elle me regarde droit dans les yeux.

— Tu n’es pas obligée d’accepter tout ça, tu sais.
— Mais si je dis non… Paul va m’en vouloir. Sa famille va me détester.
— Et toi, tu t’aimes encore ?

La question me cloue sur place.

Le lendemain, je rentre chez mes parents. Ma mère m’attend dans le salon.

— Lili… Tu sais que tu peux tout me dire.

Je fonds en larmes.

— Maman, je ne veux plus me marier comme ça. Ce n’est pas moi.

Elle me prend dans ses bras.

— Il n’est jamais trop tard pour choisir ta vie.

Paul arrive en fin d’après-midi. Il a l’air épuisé.

— Lili… Qu’est-ce qui se passe ? Tu veux vraiment annuler ?
— Je veux qu’on se marie parce qu’on s’aime, pas pour faire plaisir à ta famille.
— Mais ils veulent juste que tout soit parfait…
— Parfait pour qui ? Pour eux ou pour nous ?

Il ne répond pas tout de suite. Je vois dans ses yeux qu’il hésite entre deux mondes.

— Je t’aime, Lili. Mais je ne veux pas te perdre à cause d’eux.

Je prends sa main.

— Alors aide-moi à retrouver qui je suis.

Le soir venu, nous annonçons à nos familles que nous reportons le mariage. Monique explose :

— C’est une honte ! Après tout ce qu’on a fait pour vous !

Mon père intervient enfin :

— Ce mariage n’aura de sens que si Lili est heureuse.

Le silence tombe comme une chape de plomb. Mais au fond de moi, une lumière s’allume.

Aujourd’hui encore, je ne sais pas si j’ai fait le bon choix. Mais j’ai retrouvé ma voix. Et vous, jusqu’où seriez-vous prêts à aller pour ne pas vous perdre au nom de la famille ?