Quand maman m’a annoncé la visite des cousins : Cette fois, j’ai décidé de faire face

« Camille, ils arrivent samedi. Prépare-toi. » La voix de maman, sèche, résonne encore dans ma tête. Je suis assise sur le vieux banc de la cuisine, les mains crispées autour de ma tasse de café. Le soleil perce à peine les rideaux à fleurs, mais déjà, je sens la tension m’envahir. Les cousins… Cela fait trois ans que je les évite, trois ans que je trouve toujours une excuse pour ne pas être là lors des grandes réunions. Mais cette fois, je sens que je ne peux plus fuir. Je suis fatiguée de me cacher, fatiguée de prétendre que tout va bien alors que, chaque fois qu’ils viennent, les vieilles blessures se rouvrent.

Je me souviens de la dernière fois. C’était l’anniversaire de mamie Jeanne. Toute la famille réunie autour de la grande table, les rires, les souvenirs, et puis, comme toujours, la remarque de trop. « Camille, tu n’as toujours pas trouvé de travail à Paris ? » avait lancé mon oncle Gérard, le sourire narquois. J’avais senti mes joues brûler, incapable de répondre. Ma mère, elle, avait baissé les yeux, honteuse. Depuis, je n’ai plus supporté ces regards, ces jugements silencieux, ces attentes impossibles à combler.

Mais cette fois, je veux changer. Je veux leur montrer que je ne suis plus la petite fille fragile qu’ils croient. Je veux leur dire que, même si ma vie n’est pas parfaite, elle m’appartient. Alors, toute la semaine, je prépare la maison. Je nettoie, je cuisine, je range, mais surtout, je me prépare intérieurement. Je répète devant le miroir ce que je pourrais leur dire si la conversation dérape. « Oui, je vis toujours à Paris. Non, je n’ai pas de CDI, mais j’ai des projets. » Je m’entraîne à sourire, à ne pas baisser les yeux.

Le samedi arrive trop vite. Dès le matin, la maison sent la tarte aux pommes et le poulet rôti. Maman tourne en rond, stressée. « Camille, tu as mis la table ? » « Oui, maman. » Je sens qu’elle aussi redoute ce moment. Elle voudrait que tout soit parfait, que la famille soit unie, mais elle sait que ce n’est qu’une façade. À midi, la voiture de tonton Gérard se gare devant la maison. Les portières claquent, les voix montent. Je prends une grande inspiration et j’ouvre la porte.

« Ah, Camille ! » s’exclame ma cousine Sophie en me serrant dans ses bras. Elle sent le parfum cher et la ville. Derrière elle, Gérard me lance un regard appuyé. « Alors, la Parisienne, toujours en vadrouille ? » Je souris, un peu crispée. « Toujours. Et toi, toujours à la ferme ? » Il ricane, mais je sens qu’il ne s’attendait pas à ce que je réponde du tac au tac. Maman nous observe, inquiète. Le repas commence dans une ambiance tendue. Les conversations tournent autour des récoltes, des enfants, des voisins. Je me tais, j’écoute, j’attends le moment où tout va basculer.

Et il arrive, bien sûr. « Tu sais, Camille, il faudrait penser à t’installer, à fonder une famille. Tu n’es plus toute jeune, » lance tante Mireille, la bouche pleine de gratin. Je sens la colère monter. D’habitude, j’aurais baissé la tête, j’aurais laissé couler. Mais pas cette fois. « Et si je n’en ai pas envie ? » Le silence tombe. Tous les regards se tournent vers moi. Je sens mon cœur battre à tout rompre. « Pourquoi faudrait-il que je fasse comme tout le monde ? Je suis heureuse comme je suis. » Gérard lève les yeux au ciel. « Tu dis ça maintenant, mais tu verras, tu regretteras. » Je le fixe droit dans les yeux. « Peut-être. Mais ce sera mon choix, pas le vôtre. »

Maman pose sa main sur la mienne, discrètement. Je sens qu’elle est fière, même si elle n’ose pas le dire. Le repas continue, un peu plus calme. Sophie me parle de ses études, de ses rêves. Pour la première fois, je sens qu’on me regarde autrement, qu’on m’écoute. Après le dessert, je sors dans le jardin pour respirer. Sophie me rejoint. « Tu sais, je t’admire. Moi aussi, j’aimerais avoir ton courage. » Je souris, émue. « Ce n’est pas du courage, c’est juste… de la lassitude. J’en ai marre de me taire. »

Le soir tombe sur le village. Les cousins repartent, la maison retrouve son calme. Maman me serre dans ses bras. « Tu as bien fait, Camille. Il faut savoir s’imposer. » Je sens les larmes monter, mais cette fois, ce sont des larmes de soulagement. J’ai affronté mes peurs, j’ai dit ce que j’avais sur le cœur. Peut-être que rien ne changera vraiment, peut-être que les jugements reviendront, mais au moins, je n’ai plus honte.

En refermant la porte, je me demande : pourquoi est-ce si difficile d’être soi-même dans sa propre famille ? Est-ce qu’un jour, on pourra vraiment s’accepter, sans condition ? Qu’en pensez-vous ? Est-ce que vous aussi, vous avez déjà eu peur d’affronter vos proches ?