Quand Camille a repris son souffle : Mon combat entre la foi, la perte et l’espoir
« Non, non, Camille, reste avec moi ! » Ma voix tremblait, déchirée par la panique, alors que je serrais la main glacée de ma fille. Les lumières blafardes de l’hôpital de Nantes me semblaient irréelles, presque cruelles. Les médecins s’agitaient autour du lit, lançant des ordres que je ne comprenais qu’à moitié : « Adrénaline ! Préparez le défibrillateur ! »
Je n’avais jamais cru que la vie pouvait basculer en une seconde. Quelques heures plus tôt, Camille riait encore dans la cuisine, les joues couvertes de farine, préparant un gâteau pour l’anniversaire de son petit frère, Lucas. Et maintenant… maintenant tout semblait suspendu à ce souffle qu’elle ne prenait plus.
Je me suis effondrée sur la chaise, le cœur en miettes. Ma mère, Françoise, m’a prise dans ses bras, mais même sa chaleur ne pouvait rien contre ce froid qui s’installait en moi. « Amélie, il faut avoir confiance… » a-t-elle murmuré. Mais comment croire encore quand on voit son enfant entre la vie et la mort ?
Mon mari, Julien, est arrivé en courant, le visage blême. Il a posé sa main sur mon épaule, incapable de parler. Nous étions là, impuissants, à regarder notre monde s’écrouler.
Les minutes se sont étirées comme des heures. J’ai prié. Moi qui n’avais jamais vraiment cru en Dieu, j’ai supplié tous les saints que ma grand-mère évoquait autrefois dans ses histoires. « Faites-la revenir… Je donnerais tout… Prenez-moi à sa place… »
Soudain, un bip plus fort a retenti. Un médecin a crié : « Elle revient ! Elle revient ! » Camille a inspiré bruyamment, comme si elle sortait d’un cauchemar. J’ai bondi vers elle, les larmes coulant sans retenue.
Mais ce n’était que le début d’une longue épreuve. Camille est restée plusieurs jours dans le coma. Les médecins parlaient de séquelles possibles, de rééducation. Julien et moi passions nos journées à son chevet, à guetter le moindre signe.
La famille s’est divisée. Mon père, Bernard, reprochait à Julien de ne pas avoir vu plus tôt que Camille était malade. Ma sœur Claire m’accusait de m’être trop investie dans mon travail d’infirmière et de négliger mes enfants. Les non-dits et les rancœurs sont remontés à la surface.
Un soir, alors que je rentrais épuisée à la maison pour prendre une douche rapide, Lucas m’a demandé : « Maman, est-ce que Camille va mourir ? » J’ai senti mon cœur se briser une nouvelle fois. Comment expliquer à un enfant de six ans que sa sœur pouvait ne jamais se réveiller ?
Les jours passaient et l’espoir s’amenuisait. J’ai commencé à douter de tout : de mes choix, de ma foi naissante, même de mon couple. Julien s’éloignait ; il passait des heures dehors à marcher dans les rues désertes du quartier.
Un matin, alors que je tenais la main inerte de Camille, j’ai murmuré : « Si tu m’entends, ma chérie… Reviens-moi. Je t’en supplie. On a encore tant de choses à vivre ensemble… »
Et puis, sans prévenir, ses doigts ont bougé. Un frémissement léger mais réel. J’ai crié pour appeler l’infirmière. Les médecins sont arrivés en courant. Camille a ouvert les yeux. Elle était là, perdue mais vivante.
La rééducation a été longue et douloureuse. Camille devait réapprendre à marcher, à parler correctement. Mais elle était là. Et c’était tout ce qui comptait.
La famille s’est peu à peu ressoudée autour d’elle. Bernard et Julien ont fini par se parler franchement lors d’un dîner tendu mais salvateur :
— Je t’en veux pas vraiment… J’avais juste peur de la perdre, a avoué mon père.
— Moi aussi… Je me suis senti impuissant comme jamais, a répondu Julien.
Claire m’a demandé pardon pour ses paroles dures. J’ai compris qu’elle souffrait aussi de voir sa nièce ainsi.
Aujourd’hui, Camille va mieux. Elle garde quelques séquelles mais son sourire illumine à nouveau notre maison. Je ne suis plus la même femme qu’avant cette épreuve. J’ai appris que la foi ne se résume pas à des prières murmurées dans le désespoir ; c’est aussi croire en la force de ceux qu’on aime et en la capacité de la famille à se relever.
Mais parfois, la nuit, je me demande : pourquoi nous ? Pourquoi certains enfants s’en sortent et d’autres non ? Est-ce un miracle ou juste la chance ? Et vous… qu’auriez-vous fait à ma place ?