Mon beau-père a envahi notre vie : comment ses visites ont brisé mon couple
— Encore ?! Bernard, tu ne m’avais pas dit que tu venais ce soir…
Je me suis figé sur le pas de la porte, les bras chargés de courses, en découvrant mon beau-père assis dans MON fauteuil, les pieds sur la table basse, un verre de vin à la main. Camille, ma femme, s’affairait en cuisine, le sourire crispé. Bernard, lui, me lança un clin d’œil complice comme si tout cela était parfaitement normal.
— Julien ! Tu tombes bien, j’ai ouvert une bonne bouteille. Viens donc trinquer avec nous !
J’ai forcé un sourire. Mais à l’intérieur, je bouillonnais. Depuis notre arrivée à Nantes il y a six mois, Bernard venait chez nous presque tous les soirs. Au début, j’ai cru à une phase d’adaptation : il venait voir sa fille, l’aider à s’installer. Mais très vite, ses visites sont devenues une routine étouffante. Il débarquait sans prévenir, restait dîner, s’imposait dans nos discussions, commentait nos choix de déco, de boulot…
Je n’osais rien dire devant lui. Camille semblait heureuse de retrouver son père après des années loin de la famille. Mais moi ? Je me sentais dépossédé de mon espace, de mon intimité. J’avais l’impression d’être un invité dans mon propre appartement.
Un soir, alors que Bernard était parti depuis à peine dix minutes, j’ai craqué.
— Camille, il faut qu’on parle. Ton père… ça devient trop. On n’a plus une soirée pour nous deux !
Elle a soupiré, sans même lever les yeux de son téléphone.
— Julien, il est seul depuis le décès de maman. Il a besoin de nous…
— Mais nous aussi on a besoin d’être seuls ! On vient de déménager, on doit construire notre vie ici…
Elle a haussé les épaules.
— Tu exagères. Il ne fait que passer.
J’ai senti la colère monter. Comment pouvait-elle minimiser ce que je ressentais ?
Les semaines ont passé. Bernard s’est mis à arriver plus tôt, parfois dès l’après-midi. Il proposait d’aller faire les courses avec Camille, bricolait dans la salle de bains sans qu’on lui demande rien. Un samedi matin, je me suis réveillé avec le bruit de la perceuse : Bernard installait une nouvelle étagère dans notre chambre… sans même m’avoir consulté.
Ce jour-là, j’ai explosé.
— Bernard ! Je peux savoir ce que tu fais ?
Il s’est retourné vers moi, surpris :
— Je rends service ! Camille m’a dit qu’elle voulait plus de rangement.
J’ai regardé Camille, qui évitait mon regard.
— Et moi ? On ne me demande pas mon avis ?
Bernard a haussé les épaules :
— Faut bien que quelqu’un s’occupe des choses ici…
J’ai claqué la porte et suis parti marcher dans les rues grises du centre-ville. J’avais envie de hurler. Je me sentais trahi par Camille, envahi par Bernard. J’ai repensé à notre vie d’avant : nos soirées tranquilles à regarder un film ou cuisiner ensemble. Ici, tout tournait autour du père de Camille.
Le soir même, j’ai tenté une dernière fois d’en parler à ma femme.
— Camille… Je t’en supplie. Je ne peux plus continuer comme ça. J’ai l’impression que ton père est plus important que moi dans cette maison.
Elle a éclaté :
— Tu es égoïste ! Tu ne comprends rien à ce qu’il traverse !
Je suis resté sans voix. Moi qui faisais tout pour elle… Je me retrouvais accusé d’égoïsme parce que je voulais juste un peu d’intimité.
Les jours suivants ont été un enfer silencieux. Camille ne me parlait presque plus. Bernard continuait ses visites comme si de rien n’était. Je me suis mis à rentrer tard du travail pour éviter de les croiser. Parfois je dormais sur le canapé.
Un soir d’orage, alors que je rentrais détrempé et épuisé, j’ai trouvé Bernard en train de raconter des anecdotes d’enfance à Camille dans la cuisine. Ils riaient aux éclats. J’ai eu l’impression d’être transparent.
J’ai pris mes affaires et je suis sorti sans un mot. J’ai marché longtemps sous la pluie battante jusqu’à la Loire. Les lumières de Nantes se reflétaient dans l’eau sombre. Je me suis demandé comment on en était arrivé là.
Le lendemain matin, j’ai trouvé un mot sur la table : « Je dors chez papa ce soir. »
J’ai compris que quelque chose était brisé entre nous. J’ai appelé mon frère Paul pour lui parler.
— Tu dois poser un ultimatum, Julien. Ce n’est plus vivable.
Mais comment poser un ultimatum à la femme qu’on aime ? Comment lui demander de choisir entre son père et moi ?
Les semaines ont passé. Camille rentrait de moins en moins souvent à l’appartement. Bernard continuait à passer pour « vérifier que tout allait bien ». Un soir, il m’a lancé :
— Tu sais Julien… Peut-être que tu n’es pas fait pour cette famille.
J’ai eu envie de le frapper mais je me suis retenu. J’ai compris qu’il avait gagné.
Quelques jours plus tard, Camille est venue récupérer ses affaires. Elle n’a presque rien dit. Juste un regard triste avant de claquer la porte derrière elle.
Aujourd’hui je vis seul dans cet appartement trop grand et trop silencieux. Parfois je croise Bernard au marché ; il détourne les yeux. Je repense à tout ce qu’on aurait pu construire ici si seulement on avait su se parler vraiment.
Est-ce que j’aurais dû être plus ferme ? Ou est-ce que c’est normal qu’une famille prenne autant de place dans un couple ? Qu’auriez-vous fait à ma place ?