« Ma fille m’a interdit de venir à son mariage » : Le jour où Zosia m’a brisé le cœur
— Tu ne comprends jamais rien, maman !
Sa voix tremblait, mais son regard était dur, fermé. Je n’avais jamais vu Zosia comme ça. Elle, ma petite fille, mon rayon de soleil, celle avec qui je partageais tout depuis trente ans. Nous étions plus que mère et fille : nous étions complices, amies, presque sœurs parfois. Je me souviens encore de nos soirées à refaire le monde, à rire des garçons maladroits de sa classe, à pleurer ensemble devant un bol de chocolat chaud quand son cœur était brisé. Je croyais que rien ne pourrait jamais nous séparer.
Mais ce soir-là, dans la cuisine de son petit appartement à Lyon, tout a basculé.
— Je ne veux pas que tu viennes à mon mariage, a-t-elle répété, la voix blanche.
J’ai cru que mon cœur allait s’arrêter. Je me suis agrippée à la chaise, comme si le sol s’ouvrait sous mes pieds. Comment pouvait-elle me dire ça ? Moi, qui avais tout sacrifié pour elle, qui avais mis de côté mes rêves, mes amours, pour qu’elle ne manque jamais de rien. J’ai voulu protester, crier, la supplier. Mais aucun son n’est sorti de ma bouche.
— Zosia… pourquoi ?
Elle a détourné les yeux, les larmes aux cils.
— Parce que tu ne t’entends pas avec Paul. Tu le critiques tout le temps, tu ne fais aucun effort. Et moi, je veux être heureuse ce jour-là, pas stressée par vos disputes.
Paul. Rien que d’entendre son prénom, j’ai senti la colère monter. Ce garçon, je ne l’ai jamais compris. Trop sûr de lui, trop distant, toujours à vouloir avoir raison. Dès le début, il m’a regardée comme si j’étais une intruse dans la vie de ma propre fille. Il a changé Zosia. Elle, si spontanée, si joyeuse, est devenue plus réservée, plus prudente. J’ai essayé de l’aimer, pour elle. Mais chaque dîner de famille tournait au malaise, chaque conversation finissait en joute verbale. Il me lançait des piques sur ma façon d’élever Zosia, sur mes choix de vie, sur mon divorce avec son père. Et Zosia, au lieu de me défendre, se taisait, baissait la tête.
Je me suis souvent demandé si je n’étais pas trop possessive, si je ne voulais pas garder ma fille pour moi seule. Mais n’est-ce pas normal, après tout ce que nous avons traversé ? Son père nous a quittées quand elle avait huit ans. J’ai tout fait pour qu’elle ne manque de rien, pour qu’elle ne sente jamais le vide. Nous étions deux contre le monde. Et voilà qu’un homme débarque et me vole ma place.
— Tu ne comprends pas, Zosia. Je veux juste ton bonheur. Mais Paul… il n’est pas fait pour toi. Il te rabaisse, il t’isole de tes amis, même de moi !
Elle a éclaté en sanglots.
— Tu ne vois que ce que tu veux voir ! Paul m’aime, il me protège. C’est toi qui ne supportes pas de ne plus être la seule dans ma vie.
J’ai senti la gifle, invisible mais cuisante. Peut-être avait-elle raison. Peut-être étais-je jalouse. Mais comment accepter d’être reléguée au second plan, après avoir été tout pour elle ?
Les semaines ont passé. Zosia a cessé de m’appeler. Les invitations à dîner se sont faites rares. J’ai essayé de lui écrire, de lui expliquer que je voulais juste la protéger. Elle ne répondait plus. J’ai croisé sa meilleure amie, Camille, au marché.
— Elle souffre aussi, vous savez. Mais elle veut vivre sa vie, faire ses propres choix.
J’ai compris que je devais lâcher prise. Mais comment fait-on, quand on a construit sa vie autour de son enfant ?
Le jour du mariage est arrivé. Je n’ai pas reçu d’invitation. J’ai passé la journée à regarder de vieilles photos : Zosia à la plage, Zosia à son premier spectacle de danse, Zosia dans mes bras le jour de son bac. J’ai pleuré comme jamais. J’ai eu envie de courir à la mairie, de la prendre dans mes bras, de lui dire que je l’aime, que je serai toujours là. Mais je suis restée chez moi, seule, à attendre un signe, un message, un mot.
Le soir, mon téléphone a vibré. Un message de Zosia :
« Je t’aime, maman. Mais j’ai besoin de vivre ma vie. J’espère qu’un jour tu comprendras. »
Je n’ai pas dormi de la nuit. J’ai repensé à tout ce que j’aurais pu faire autrement. Aurais-je dû accepter Paul, même si je ne l’aimais pas ? Aurais-je dû me taire, sourire, faire semblant ?
Aujourd’hui, je ne sais plus qui je suis sans elle. Je me sens vide, inutile. Mais je sais aussi que je dois apprendre à vivre pour moi, à me reconstruire. Peut-être qu’un jour, Zosia reviendra vers moi. Peut-être qu’elle comprendra que tout ce que j’ai fait, c’était par amour.
Mais dites-moi, vous, chers lecteurs : jusqu’où iriez-vous pour protéger vos enfants ? Peut-on vraiment accepter tous leurs choix, même quand on les croit dangereux ? Est-ce que l’amour d’une mère doit tout pardonner, tout accepter ?