La confiance qui tue : Mon histoire de trahison et de poison dans le thé
« Tu veux encore du thé, Joséphine ? » La voix de Claire résonne dans la cuisine, douce, presque trop douce. Je l’observe, dos tourné, penchée sur la théière. Je sens mon cœur battre plus vite, une sueur froide me coule le long du dos. Depuis quelques semaines, chaque tasse de thé qu’elle me prépare a un goût amer, étrange. Je n’ose rien dire à mon fils, Thomas, de peur qu’il me prenne pour une vieille folle. Mais ce soir, alors que la pluie tambourine contre les vitres de mon appartement du 14ème arrondissement, je sens que quelque chose ne va pas.
« Merci, Claire », je réponds, la voix tremblante. Elle me sourit, s’approche, pose la tasse devant moi. Ses yeux bleus me fixent, trop insistants. Je détourne le regard, mes mains tremblent. Depuis que Thomas et elle ont emménagé chez moi, tout a changé. Je me sens étrangère dans mon propre salon, mes affaires disparaissent, mes souvenirs sont déplacés. Et puis il y a ce malaise, cette fatigue qui me ronge, cette nausée qui revient chaque soir après le thé.
Un soir, alors que je fais semblant de dormir, j’entends Claire parler au téléphone dans la cuisine. Sa voix est basse, mais je distingue quelques mots : « Elle ne tiendra pas longtemps… Oui, tout se passe comme prévu. » Mon sang se glace. De qui parle-t-elle ? De moi ? Je me lève, pieds nus sur le parquet froid, et m’approche de la porte entrouverte. « Thomas ne se doute de rien. Bientôt, l’appartement sera à nous. »
Je recule, choquée, le cœur battant à tout rompre. Je me sens trahie, piégée dans ma propre maison. Le lendemain, je tente d’en parler à Thomas. « Tu sais, Claire… elle est étrange, non ? » Il me regarde, fatigué, agacé. « Maman, tu te fais des idées. Claire t’aime bien, elle fait tout pour toi. » Je me tais, humiliée. Qui me croirait ? Je suis vieille, malade, et maintenant, on me prend pour une paranoïaque.
Les jours passent, la tension monte. Claire me surveille, elle sait que je me méfie. Un matin, je trouve un petit flacon dans la poubelle de la salle de bain. Je le ramasse, lis l’étiquette : « Digitaline ». Un médicament pour le cœur, dangereux à forte dose. Mon cœur s’emballe. Je comprends. C’est ça, le goût amer dans le thé, la fatigue, les vertiges. Elle veut m’empoisonner, lentement, pour que personne ne soupçonne rien.
Je décide de ne plus boire son thé. Je prétexte une indigestion, je refuse poliment. Claire insiste, s’énerve. « Tu ne me fais pas confiance ? » Je la regarde droit dans les yeux. « Non, Claire. Je ne te fais plus confiance. » Elle pâlit, détourne le regard. Thomas rentre à ce moment-là, sent la tension. « Qu’est-ce qui se passe ici ? » Claire fond en larmes, joue la victime. « Ta mère me déteste, elle m’accuse de choses horribles ! »
Thomas me regarde, perdu. « Maman, tu vas trop loin. » Je sens que je suis seule, complètement seule. Je décide d’aller voir mon médecin. Je lui raconte tout, les symptômes, le flacon, mes soupçons. Il me croit, me fait faire des analyses. Les résultats tombent : traces de digitaline dans mon sang. La police est prévenue. Claire est arrêtée, Thomas s’effondre. Il ne veut pas y croire. « Pourquoi, Claire ? Pourquoi ? »
Je regarde mon fils, brisé, et je me sens coupable. Ai-je été trop naïve ? Ai-je trop fait confiance ? La famille, ce cocon censé protéger, peut-il vraiment devenir un lieu de danger mortel ?
Aujourd’hui, je vis seule, dans un appartement silencieux. Je me méfie de tout, de tous. La confiance, je l’ai perdue. Mais je me demande : comment reconstruire sa vie quand ceux qu’on aime le plus deviennent nos pires ennemis ? Et vous, jusqu’où iriez-vous par amour ou par peur de perdre ce que vous avez ?