J’ai voulu retrouver mon ex-mari, mais mon fils n’a juré que par son beau-père : Mon fils refuse de rencontrer son père biologique
« Je ne veux pas le voir, maman ! »
La voix d’Hugo résonne encore dans le salon, tranchante comme une gifle. Il a seize ans, les poings serrés, les yeux brillants de colère. Je reste figée, la main sur la poignée de la porte, incapable de bouger. Dans l’entrée, Étienne, mon mari depuis huit ans, baisse les yeux, mal à l’aise. Je sens la tension vibrer dans l’air, comme un orage prêt à éclater.
Tout a commencé il y a trois semaines. J’ai reçu un message de Julien, mon ex-mari et le père biologique d’Hugo. Après des années de silence, il voulait revoir son fils. « Je regrette tout, Camille. J’aimerais rattraper le temps perdu avec Hugo. »
Julien… Mon premier amour. Nous nous sommes rencontrés au lycée à Bordeaux. Moi, la petite fille anxieuse qui passait ses soirées à réviser, lui, le garçon rebelle qui séchait les cours pour aller fumer derrière le gymnase. Personne ne croyait à notre histoire. Pourtant, on s’est aimés à la folie. Trop vite, trop fort. À dix-huit ans, j’étais enceinte. Mes parents m’ont presque reniée. Julien a promis de s’occuper de nous.
Mais la réalité a été plus dure que nos rêves d’ados. Julien n’a jamais trouvé sa place dans la vie d’adulte. Il enchaînait les petits boulots, rentrait tard, parfois pas du tout. Les disputes sont devenues quotidiennes. Un soir, il est parti sans un mot. Hugo avait six ans.
J’ai tout fait pour protéger mon fils. J’ai travaillé comme infirmière de nuit à l’hôpital Pellegrin, j’ai serré les dents quand il me demandait où était papa. Puis j’ai rencontré Étienne. Doux, stable, attentionné avec Hugo dès le début. Il l’a emmené au foot, lui a appris à faire du vélo. Petit à petit, Hugo l’a appelé « papa ».
Alors quand Julien a réapparu, tout s’est effondré.
« Tu ne comprends pas ! Il t’a abandonné ! »
Hugo me hurle dessus ce soir-là. Je vois dans ses yeux toute la douleur que j’ai essayé d’éviter pendant des années.
« Ce n’est pas si simple… Il reste ton père… »
« Non ! Mon père c’est Étienne ! Lui au moins il est resté ! »
Je sens mes jambes trembler. Comment lui expliquer que j’ai moi aussi besoin de tourner la page ? Que j’ai besoin de savoir si Julien a changé ? Que j’ai envie de croire qu’on peut réparer ce qui a été brisé ?
Le lendemain matin, je retrouve Étienne dans la cuisine.
« Tu crois que je fais une erreur ? »
Il me regarde longuement avant de répondre :
« Ce n’est pas à moi de décider… Mais Hugo souffre. Il a peur que tu veuilles remplacer ce qu’on a construit tous les trois. »
Je me sens coupable. Ai-je été égoïste ?
Les jours passent et Hugo refuse toujours de parler à Julien. Je reçois des messages :
« Camille, je veux juste voir mon fils… »
Je me souviens de nos premières années ensemble avec Julien : les balades sur les quais de la Garonne, nos rêves d’avenir… Et puis tout s’est effondré si vite.
Un soir, je décide d’appeler Julien.
« Je suis désolée… Hugo n’est pas prêt. »
Sa voix se brise :
« Je comprends… Mais dis-lui que je l’aime. Même si je ne l’ai pas montré comme il fallait… »
Je raccroche en larmes.
Le lendemain matin, Hugo trouve la lettre que Julien lui a écrite sur la table du salon. Il la lit en silence, puis la déchire sans un mot et monte dans sa chambre en claquant la porte.
Je monte le rejoindre.
« Tu sais… Je ne veux pas te forcer à quoi que ce soit », je murmure en m’asseyant sur son lit.
Il détourne les yeux.
« Pourquoi tu veux qu’il revienne ? Tu n’es pas heureuse avec nous ? »
Mon cœur se serre.
« Si… Mais parfois on a besoin de comprendre le passé pour avancer… »
Il soupire.
« Moi je veux juste qu’on reste comme avant… »
Je caresse ses cheveux comme quand il était petit.
Les semaines passent et rien ne change. Julien finit par arrêter d’écrire. Étienne fait tout pour rassurer Hugo mais je sens que quelque chose s’est fissuré entre nous trois.
Un soir d’été, alors qu’on dîne sur la terrasse, Hugo me regarde droit dans les yeux :
« Tu crois qu’on peut vraiment oublier ce qui nous a blessés ? »
Je n’ai pas de réponse.
Aujourd’hui encore, je me demande : ai-je eu raison de rouvrir cette porte ? Peut-on vraiment réparer le passé sans blesser ceux qu’on aime ? Qu’auriez-vous fait à ma place ?