Chaque samedi, je construis une cabane chez mes beaux-parents… jusqu’à ce que je découvre le secret de mon beau-frère
« Tu pourrais au moins faire semblant d’être content d’être là, Paul ! » La voix d’Alyssa claque dans l’air frais du matin, alors que je sors les outils du coffre de la Clio. Je serre les dents, le dos déjà douloureux à l’idée de passer une nouvelle journée à creuser, visser, porter des planches pour cette fichue cabane qui n’avance jamais. Tous les samedis, c’est la même rengaine : on quitte notre petit appartement de Tours à l’aube pour rejoindre la longère de ses parents à la campagne.
Je n’ai jamais compris pourquoi on s’est retrouvés embarqués dans ce chantier. « C’est pour la famille », répète Alyssa. Mais la famille, c’est aussi moi, non ? Et moi, je rêve juste d’un week-end tranquille, loin de la boue et des reproches à peine voilés de mon beau-père, Gérard.
Ce matin-là, comme tous les autres, Julien est déjà là. Mon beau-frère, le fils prodige, celui qui fait rire tout le monde et qui a toujours une excuse pour ne pas porter les trucs lourds. Il me tape sur l’épaule : « Allez Paulo, on va finir ce mur aujourd’hui ! » J’essaie de sourire, mais je sens la lassitude me ronger. Pourquoi est-ce toujours moi qui me retrouve à faire le sale boulot ?
Vers midi, alors qu’on s’accorde une pause autour d’un café tiède et de tartines de rillettes, j’entends Julien chuchoter à sa mère dans la cuisine. Je ne veux pas écouter, mais leurs voix portent :
— Tu crois qu’il va s’en rendre compte ?
— Tant qu’il continue à venir, ça nous arrange…
Je fronce les sourcils. De quoi parlent-ils ? Je sens un malaise grandir en moi. Je me persuade que je me fais des idées. Mais l’après-midi, alors que je vais chercher une scie dans le garage, j’aperçois Julien penché sur son téléphone, l’air nerveux. Il sursaute en me voyant.
— Tout va bien ?
— Oui, oui… Juste un message du boulot.
Mais il n’a pas de boulot en ce moment. Il est censé être en « pause professionnelle », comme il dit. Je commence à douter sérieusement.
Le soir venu, alors qu’on s’apprête à repartir avec notre maigre butin — un pot de cornichons et six œufs — je surprends une conversation entre Julien et Gérard dans le jardin. Je me cache derrière la haie, honteux mais poussé par une intuition sombre.
— Tu crois qu’il va accepter ? demande Julien.
— Il n’aura pas le choix. Tant qu’il pense qu’on fait ça pour lui rendre service…
Je sens mon cœur s’accélérer. De quoi parlent-ils ? Pourquoi cette impression que tout le monde me cache quelque chose ?
La semaine suivante, je décide de rester vigilant. J’observe Julien : il disparaît souvent pendant des heures sous prétexte d’aller chercher du matériel ou de vérifier les plans. Un samedi après-midi, je le suis discrètement jusqu’à la vieille grange au fond du terrain. Là, je le vois remettre une enveloppe à un homme que je ne connais pas. Ils échangent quelques mots rapides et l’homme repart en voiture.
Je confronte Julien dès qu’il revient :
— Tu fais quoi dans la grange ?
Il blêmit.
— Rien… Juste un coup de main à un copain.
Mais je sens qu’il ment. Le soir même, j’en parle à Alyssa. Elle soupire :
— Paul, tu te fais des films… Julien a toujours été un peu bizarre, mais il ne ferait rien de mal.
Mais je n’arrive pas à lâcher l’affaire. Je fouille discrètement dans la grange le samedi suivant et découvre plusieurs cartons remplis de bouteilles d’alcool artisanal — du calvados maison — soigneusement cachés sous une bâche. Tout s’éclaire : Julien utilise nos samedis pour faire passer sa petite production illégale sous le nez de ses parents… et du mien !
Je confronte toute la famille lors du déjeuner dominical :
— Alors c’est ça, votre secret ? On me fait venir ici pour construire une cabane qui sert à cacher votre trafic ?
Le silence tombe comme une chape de plomb. Gérard baisse les yeux. Ma belle-mère se met à pleurer. Julien tente de se justifier :
— J’avais besoin d’argent… Et puis tu ne comprends pas ce que c’est d’être au chômage ici !
Alyssa éclate :
— Et tu as mis Paul dans cette histoire sans rien lui dire ?
Je me sens trahi, utilisé comme un pion dans leur combine familiale. Je quitte la table sans un mot et m’enferme dans la voiture.
Sur le chemin du retour, Alyssa tente de me rassurer :
— On va régler ça… Mais tu sais, la famille c’est compliqué.
Je regarde la route défiler sous la pluie battante et je me demande : est-ce vraiment ça, la famille ? Jusqu’où peut-on aller par loyauté ? Et vous, qu’auriez-vous fait à ma place ?