« J’ai découvert une lettre de mon mari à une autre femme… le jour de nos fiançailles »

« Non, ce n’est pas possible… » Ma voix tremble alors que je relis la date sur la vieille enveloppe jaunie, enfouie tout au fond du classeur. 14 avril 2006. Le jour où Paul m’a demandé en mariage, dans ce petit restaurant près du canal Saint-Martin. Je me souviens encore de la lumière dorée sur l’eau, du champagne, de la bague qui brillait dans sa main. Mais là, devant moi, il y a cette lettre, écrite de sa main, adressée à une certaine Camille.

Je n’arrive pas à respirer. Mes doigts tremblent en décachetant l’enveloppe. Je n’ai jamais entendu parler d’une Camille dans la vie de Paul. Nous sommes mariés depuis dix-sept ans, nous avons deux enfants, Clémence et Lucas. Nous avons traversé des tempêtes, des disputes, des réconciliations… Mais jamais je n’aurais imaginé découvrir un tel secret.

« Qu’est-ce que tu fais, maman ? » La voix de Clémence me ramène à la réalité. Je referme précipitamment la lettre et la glisse dans ma poche. « Rien, ma chérie. Je range juste quelques papiers. Va jouer avec ton frère. »

Dès qu’ils quittent la pièce, je m’assois sur le lit et je relis la lettre. Les mots de Paul sont tendres, passionnés. Il parle d’un amour impossible, d’un choix qu’il doit faire. Il écrit : « Camille, aujourd’hui je vais demander Élodie en mariage. Je t’en supplie, ne m’en veux pas… Je ne peux pas tout quitter, pas maintenant. Mais sache que tu resteras toujours dans mon cœur. »

Je sens mes larmes couler sans bruit. Comment ai-je pu être aussi aveugle ? Est-ce que tout notre bonheur n’était qu’un mensonge ?

Le soir venu, Paul rentre du travail, fatigué comme toujours. Il pose son sac dans l’entrée et m’embrasse machinalement sur la joue. Je le regarde différemment maintenant. Chaque geste me semble suspect, chaque sourire forcé.

Au dîner, je n’arrive pas à avaler une bouchée. Les enfants parlent de leur journée à l’école, Paul fait semblant d’écouter mais je vois bien qu’il est ailleurs. Peut-être pense-t-il à elle ? À Camille ?

Après avoir couché les enfants, je le confronte. « Paul… Qui est Camille ? »

Il blêmit instantanément. Son regard fuit le mien. « Pourquoi tu me demandes ça ? »

Je sors la lettre de ma poche et la pose devant lui. Il ne dit rien pendant un long moment. Puis il murmure : « C’était il y a longtemps… Je croyais que tu ne saurais jamais… »

La colère monte en moi. « Tu croyais quoi ? Que tu pouvais me mentir toute ta vie ? Que je n’allais jamais fouiller dans tes affaires ? »

Il se lève brusquement, fait les cent pas dans la chambre. « Élodie, j’étais perdu à cette époque… J’aimais Camille, mais j’avais peur de tout perdre si je choisissais une autre voie que celle qu’on avait commencée ensemble… Avec toi, c’était plus stable, plus rassurant… Mais ça ne veut pas dire que je ne t’aime pas ! »

Je ris nerveusement. « Tu m’aimes ? Après tout ça ? Tu m’as trahie le jour même où tu m’as demandé en mariage ! »

Il s’effondre sur le lit, la tête dans les mains. « Je suis désolé… Je ne voulais pas te blesser… »

Les jours suivants sont un enfer silencieux. Nous nous croisons sans nous parler vraiment. Les enfants sentent que quelque chose ne va pas.

Un soir, Lucas vient me voir : « Maman, pourquoi tu pleures tout le temps ? Papa a fait quelque chose de mal ? »

Je le serre contre moi sans répondre. Comment expliquer à un enfant que son père a peut-être aimé une autre femme plus que sa propre famille ?

J’appelle ma sœur, Sophie. Elle écoute mon histoire sans m’interrompre puis soupire : « Tu sais, personne n’est parfait… Mais tu dois décider si tu peux lui pardonner ou non. Ce genre de secret détruit ou renforce un couple… »

Je repense à tous ces moments partagés avec Paul : nos vacances en Bretagne, les anniversaires des enfants, les soirées à refaire le monde autour d’un verre de vin… Était-ce tout faux ? Ou bien peut-on aimer deux personnes à la fois sans trahir vraiment ?

Un dimanche matin, Paul me tend une lettre – cette fois-ci pour moi. Il y explique ses regrets, sa honte d’avoir gardé ce secret si longtemps. Il me supplie de lui donner une seconde chance.

Je ne sais pas quoi faire. Mon cœur est brisé mais je l’aime encore malgré tout.

Est-ce qu’on peut vraiment reconstruire la confiance après une telle découverte ? Ou bien faut-il accepter que certaines blessures ne guérissent jamais ? Qu’auriez-vous fait à ma place ?