Mariage secret à Lyon : le jour où mon fils a découvert la vérité

« Tu mens, papa ! »

La voix de Paul résonne encore dans ma tête, tranchante comme un couteau. Je me revois, debout dans la cuisine, les mains tremblantes autour de ma tasse de café froide. Il venait de tomber sur la photo, celle que j’avais cachée au fond d’un tiroir, celle de mon mariage avec Camille à la mairie du 2ème arrondissement de Lyon. Il n’avait que dix ans, mais il avait compris. Tout s’est effondré en une seconde.

Je m’appelle Guillaume, j’ai trente-huit ans, et pendant huit mois, j’ai vécu dans le mensonge. Je croyais protéger ma famille, mais je n’ai fait que creuser un fossé entre nous. Tout a commencé un soir d’hiver, quand Camille m’a demandé : « Pourquoi ne pas officialiser notre amour ? » J’ai hésité. Mes parents, Marie et Jean-Pierre, sont très traditionnels. Pour eux, un mariage, c’est une grande fête, toute la famille réunie, les amis, la messe à l’église du quartier. Mais Camille ne voulait rien de tout ça. Elle voulait quelque chose d’intime, juste nous deux et Paul.

Alors on l’a fait. Un mardi matin pluvieux de février, on s’est mariés en secret. Pas de robe blanche ni de costume trois pièces : Camille portait un tailleur bleu marine, moi une chemise claire. Paul était là, fier comme un coq. On a ri, on a pleuré. C’était simple, c’était nous.

Mais après… Après il y a eu la peur. Peur du regard des autres, peur de décevoir mes parents. J’ai commencé à mentir. « Non, maman, rien de nouveau », « Oui papa, tout va bien avec Camille ». Je me suis enfermé dans ce mensonge comme dans une prison.

Les semaines ont passé. Camille me regardait parfois avec tristesse :
— Tu crois qu’on pourra leur dire un jour ?
Je détournais les yeux.
— Bientôt… Je te promets.
Mais je ne tenais jamais parole.

Le pire, c’est que Paul sentait tout. Il posait des questions :
— Pourquoi mamie ne vient jamais à la maison ?
— Pourquoi on n’a pas fait de fête comme pour le mariage de tonton Pierre ?
Je répondais à côté. Je me disais qu’il était trop petit pour comprendre.

Puis il y a eu ce dimanche où tout a basculé. Mes parents sont venus déjeuner chez nous. Camille était tendue, moi aussi. Paul jouait dans sa chambre. Au dessert, ma mère a lancé :
— Vous comptez vous marier un jour ?
J’ai senti Camille se crisper. J’ai bafouillé :
— On verra… Ce n’est pas le moment.
Ma mère a soupiré :
— Tu sais que ça nous ferait plaisir…

Après leur départ, Camille a explosé :
— Tu te rends compte ? On est mariés et tu continues à mentir !
J’ai crié aussi. Paul est sorti de sa chambre en pleurant.

Le soir même, il a fouillé dans mes affaires et trouvé la photo. Le lendemain matin, il me l’a tendue :
— Pourquoi tu caches ça ? Pourquoi tu mens à mamie et papy ?
Je n’ai pas su quoi répondre. J’ai vu dans ses yeux qu’il avait perdu confiance en moi.

J’ai fini par tout avouer à mes parents. Ils ont été blessés, surtout ma mère :
— Comment as-tu pu nous faire ça ? On t’a tout donné !
Mon père s’est renfermé dans un silence glacial.

Les semaines suivantes ont été un enfer. Camille m’en voulait de ne pas avoir assumé plus tôt. Paul ne me parlait presque plus. Mes parents ne venaient plus nous voir.

J’ai essayé de recoller les morceaux. J’ai écrit une lettre à mes parents : « Je voulais vous protéger de ma peur d’être jugé… Je me rends compte que j’ai surtout eu peur d’être moi-même devant vous. » J’ai emmené Paul au parc et je lui ai dit :
— Tu sais, parfois les adultes font des bêtises parce qu’ils ont peur… Mais je t’aime plus que tout.
Il m’a serré fort contre lui.

Petit à petit, les choses se sont apaisées. Ma mère a accepté de venir prendre le thé avec Camille. Mon père a recommencé à parler de foot avec moi devant la télé. Mais rien n’est plus comme avant.

Aujourd’hui encore, je me demande : pourquoi ai-je eu si peur d’assumer qui je suis ? Est-ce qu’on peut vraiment protéger ceux qu’on aime en leur cachant la vérité ? Et vous, avez-vous déjà eu peur d’être vous-même devant votre famille ?