Ce que j’aurais dû écouter : Les conseils de ma mère que j’ai ignorés
« Tu vas encore sortir avec lui ce soir ? » La voix de ma mère résonne dans le couloir, tranchante comme une lame. Je serre la poignée de la porte, le cœur battant. « Oui, maman. Je t’ai déjà dit que tu te fais trop de soucis. »
Elle soupire, lasse. « Claire, écoute-moi au moins une fois. Ce garçon… Il n’est pas pour toi. »
Je claque la porte avant qu’elle ne puisse finir sa phrase. Je descends les escaliers quatre à quatre, fuyant son regard inquiet, ses mots qui me poursuivent comme des ombres. Dehors, la pluie martèle les pavés de notre petite ville du Nord. Je retrouve Thomas, blouson en cuir, sourire insolent. Il m’attend sous l’abribus, cigarette au coin des lèvres.
« Ta mère encore ? »
Je hoche la tête, agacée. « Elle ne comprend rien. »
Il rit, m’attire contre lui. Je me sens vivante, libre, loin des conseils maternels qui me semblent poussiéreux et dépassés. Pourtant, au fond de moi, une voix murmure : Et si elle avait raison ?
Les mois passent. Thomas devient de plus en plus imprévisible. Il disparaît parfois plusieurs jours sans donner de nouvelles. Quand il revient, il est nerveux, irritable. Un soir, il débarque chez moi à deux heures du matin, les yeux rouges, l’odeur d’alcool sur ses vêtements.
« Tu peux pas rester chez toi ? » je chuchote en ouvrant la fenêtre.
Il hausse les épaules. « J’avais besoin de te voir. »
Je le laisse entrer, malgré la peur qui serre ma gorge. Ma mère surprend notre manège un matin en allant travailler tôt. Elle me prend à part dans la cuisine.
« Claire, tu ne vois donc pas ce qu’il te fait ? Tu n’es plus la même… »
Je détourne les yeux, honteuse. Mais je refuse d’admettre qu’elle a raison. Je préfère croire que l’amour peut tout réparer.
Un samedi soir, tout explose. Thomas veut que je parte avec lui à Paris. Il a trouvé un boulot « génial », dit-il. Je devrais tout quitter : mes études, ma famille, mes amis.
« Viens avec moi, Claire ! On sera heureux là-bas, loin d’ici ! »
Je sens la panique monter. Ma mère me supplie de rester.
« Tu vas gâcher ta vie pour un garçon qui ne pense qu’à lui ! »
Je crie, je pleure, je claque encore une fois la porte. Cette nuit-là, je fais ma valise en silence pendant que ma mère sanglote dans sa chambre.
Paris est gris et froid. Thomas change vite : il sort sans moi, rentre tard ou pas du tout. Je découvre qu’il me mentait sur son travail ; il traîne avec des gens louches, s’endette. Un soir, il ne rentre pas du tout.
Je reste seule dans ce studio minuscule du 18ème arrondissement, sans argent ni repères. J’appelle ma mère en larmes.
« Maman… Je suis désolée… »
Sa voix tremble mais elle ne me juge pas : « Reviens à la maison, Claire. On va s’en sortir ensemble. »
Je prends le premier train pour Lille au petit matin. Dans le wagon vide, je repense à tous ces conseils que j’ai rejetés : « Ne te précipite pas », « Prends le temps de réfléchir », « L’amour ne suffit pas toujours ». Ma mère avait raison sur tout.
À mon retour, elle m’ouvre les bras sans un mot de reproche. Mais je sens dans son regard la tristesse d’une mère qui a vu sa fille souffrir pour apprendre ce qu’elle aurait voulu lui éviter.
Aujourd’hui encore, quand je croise des jeunes filles amoureuses et rebelles dans les rues de Lille, j’ai envie de leur crier : « Écoutez vos mères ! » Mais je sais que chacun doit faire ses propres erreurs pour grandir.
Parfois je me demande : pourquoi est-ce si difficile d’écouter ceux qui nous aiment ? Faut-il vraiment toucher le fond pour comprendre la valeur de leurs paroles ?