« J’ai tout quitté la veille du mariage : la vérité derrière le couple parfait »
« Tu ne vas pas faire ça, Camille. Pas maintenant, pas après tout ce qu’on a préparé ! » La voix de ma mère résonne dans la cuisine, tranchante comme un couteau. Je serre la poignée de ma valise, les mains moites, le cœur battant à tout rompre. Je n’ai pas dormi de la nuit. J’ai passé des heures à fixer le plafond de ma chambre d’enfant, à écouter les bruits familiers de la maison familiale à Lyon, me demandant comment j’en étais arrivée là.
Une semaine plus tôt, j’étais encore la fiancée d’Étienne. Étienne, le garçon dont toutes mes amies rêvaient, le gendre idéal selon mon père, celui qui avait une situation stable dans une banque du centre-ville, un sourire rassurant et des parents qui invitaient toute la famille à la campagne chaque été. Nous avions prévu un mariage à la mairie du 6ème arrondissement, suivi d’une grande fête dans un domaine viticole du Beaujolais. Tout était prêt : la robe achetée chez Pronuptia, les dragées commandées chez Voisin, le traiteur réservé depuis des mois. Même la playlist avait été validée par ma sœur.
Mais il y a huit jours, tout a basculé. C’était un samedi soir. Nous étions chez lui, dans son appartement impeccable du quartier des Brotteaux. Il m’a tendu une liste — oui, une liste ! — de « petites choses à améliorer » avant notre mariage : « Tu pourrais essayer de te maquiller plus discrètement… Ma mère trouve que tu ris trop fort… Et puis, tu pourrais utiliser un savon plus neutre, ça sent trop fort dans la salle de bain… »
J’ai cru d’abord à une blague. Mais son regard était sérieux, presque froid. J’ai senti un frisson me parcourir l’échine. Depuis quand étais-je devenue un projet à corriger ?
Le lendemain, au déjeuner chez ses parents à Écully, sa mère a lancé devant tout le monde : « Camille, tu sais, dans notre famille on aime la simplicité… Une femme doit rester discrète et naturelle. » J’ai souri poliment, mais à l’intérieur, je bouillonnais. Ma propre mère m’a jeté un regard inquiet. Elle savait que je n’étais pas du genre à me laisser marcher sur les pieds.
Le soir même, j’ai appelé mon amie Sophie :
— Sophie… Je crois que je ne peux pas l’épouser.
— Quoi ? Mais Camille, vous êtes ensemble depuis cinq ans !
— Justement… Cinq ans à me plier en quatre pour plaire à tout le monde sauf à moi-même.
J’ai repensé à toutes ces fois où j’avais mis de côté mes envies pour ne pas faire de vagues : accepter les week-ends chez ses parents alors que je rêvais d’escapades entre copines, porter des robes sobres pour « ne pas attirer l’attention », rire moins fort au restaurant pour « ne pas gêner ». Petit à petit, je m’étais effacée.
Le lundi matin, j’ai pris une journée de congé. J’ai marché des heures sur les quais du Rhône. J’ai croisé des couples main dans la main, des enfants qui riaient. J’ai eu envie de pleurer. Pourquoi étais-je incapable d’être heureuse alors que j’avais tout pour l’être ?
Le soir venu, j’ai pris une décision. J’ai envoyé un message à Étienne : « On doit parler. » Il m’a répondu en moins d’une minute : « Je passe te voir ce soir. »
Quand il est arrivé, il avait ce sourire crispé qu’il arborait chaque fois qu’il sentait que quelque chose lui échappait.
— Camille, tu es stressée par le mariage, c’est normal…
— Non Étienne. Ce n’est pas du stress. C’est… Je ne me reconnais plus.
Il a soupiré :
— Tu exagères… On a tout organisé ! Tu veux vraiment tout gâcher pour une histoire de savon ?
— Ce n’est pas le savon ! C’est… tout le reste. Je ne veux plus me forcer à être quelqu’un d’autre.
Il s’est levé brusquement :
— Tu vas regretter. Personne ne t’aimera comme moi.
J’ai senti mes jambes trembler mais je suis restée droite. Il est parti sans se retourner.
Les jours suivants ont été un tourbillon : appels des invités, regards lourds de reproches de la part de ma famille (« Tu penses à ta grand-mère ? Elle va être dévastée ! »), messages de ses amis (« T’as pété un câble ou quoi ? »). Même mon père m’a dit : « Tu es sûre que tu ne fais pas une bêtise ? »
Mais au fond de moi, une petite voix me soufflait que j’avais fait le bon choix.
Hier soir, j’ai réuni mes amies chez moi autour d’une bouteille de vin blanc et d’un plateau de fromages. J’ai respiré profondément et j’ai annoncé :
— Les filles… Le mariage est annulé. J’ai quitté Étienne il y a une semaine.
Elles sont restées sans voix.
— Mais… Vous étiez le couple parfait !
J’ai souri tristement :
— Ça en avait l’air. Heureusement que j’ai compris qui il était vraiment… et qui je suis vraiment.
Aujourd’hui, je pars quelques jours seule à Annecy pour réfléchir et me retrouver. J’ai peur de l’avenir mais je me sens enfin libre.
Est-ce qu’on doit vraiment sacrifier qui on est pour plaire aux autres ? Et vous, avez-vous déjà eu le courage de tout quitter pour vous retrouver ?