« Dois-je pardonner à Laurent, qui revient après m’avoir quittée ? » : Mon cœur balance entre colère, espoir et peur de l’avenir

« Tu ne comprends pas, Claire, je regrette vraiment… »

Sa voix tremble dans l’entrée, là où il n’a plus mis les pieds depuis deux ans. Je serre la poignée de la porte si fort que mes jointures blanchissent. Je voudrais hurler, pleurer, le frapper même. Mais je reste là, figée, le regard planté dans ses yeux fatigués. Laurent. Mon mari pendant quinze ans. Mon bourreau pendant deux ans. Mon fantôme depuis qu’il est parti avec cette fille, cette… Camille, à peine plus âgée que notre fils aîné.

« Regretter ? » Ma voix est sèche, étrangère. « Tu regrettes quoi exactement ? D’être parti ? Ou d’avoir été pris pour un imbécile par ta gamine ? »

Il baisse les yeux. Je sens la colère monter en moi comme une vague noire. Je repense à toutes ces nuits blanches, à la honte devant les voisins – ici, à Nantes, tout finit par se savoir. Je revois mes enfants, Paul et Juliette, pleurant dans leur chambre quand ils ont compris que papa ne rentrerait plus.

Laurent s’avance d’un pas. Il sent le froid et le tabac. « Je sais que j’ai tout gâché. J’étais perdu… Camille n’était pas ce que je croyais. J’ai été lâche. »

Je ris, un rire sec et amer. « Lâche ? Tu as détruit notre famille pour une crise de la quarantaine ! Tu veux quoi maintenant ? Que je t’ouvre les bras comme si rien ne s’était passé ? »

Il se tait. Le silence est lourd, coupant. Je sens mes jambes trembler. Je me revois il y a deux ans : seule devant la mairie pour signer les papiers du divorce, seule à Noël avec les enfants qui faisaient semblant de sourire.

Ma mère m’a dit : « On ne pardonne pas ce genre de trahison, Claire. » Ma sœur a ajouté : « Il reviendra quand il aura compris qu’il n’est plus jeune. Ne le laisse pas te briser encore une fois. »

Mais ce soir, alors qu’il est là devant moi, je sens mon cœur vaciller. Parce que malgré tout, malgré la douleur et la honte, il reste le père de mes enfants. Parce qu’il y a des souvenirs qui refusent de mourir : nos vacances à La Baule, les fous rires dans la cuisine, les soirées à refaire le monde.

Paul descend l’escalier en silence. Il s’arrête en voyant son père. Son visage se ferme aussitôt.

« Qu’est-ce que tu fais là ? »

Laurent tente un sourire maladroit. « Je voulais parler à ta mère… »

Paul le coupe : « T’as pas assez fait de dégâts ? »

Je sens la colère de mon fils, sa douleur aussi. Il a grandi trop vite depuis le départ de son père. Il a pris sur lui pour protéger sa sœur, pour me protéger moi aussi.

Laurent baisse la tête. « Je comprends que tu sois en colère… »

Paul monte les marches quatre à quatre sans se retourner.

Je ferme les yeux un instant. J’entends encore ma voisine murmurer : « Pauvre Claire… Elle n’a rien vu venir. » J’entends les collègues au bureau qui évitent mon regard ou me lancent des sourires compatissants.

Laurent s’approche encore. « Je ne demande pas que tu me pardonnes tout de suite… Je veux juste essayer de réparer ce que j’ai cassé. Pour toi, pour les enfants… »

Je voudrais croire à ses mots. Mais comment effacer deux ans de solitude, d’humiliation ? Comment croire qu’il ne recommencera pas ?

Juliette arrive à son tour dans l’entrée. Elle serre son vieux doudou contre elle – à quinze ans ! – et regarde son père comme un étranger.

« Tu vas repartir encore ? » demande-t-elle d’une voix tremblante.

Laurent s’agenouille devant elle. « Non… Si tu veux bien de moi… »

Elle détourne la tête et monte rejoindre son frère.

Je me retrouve seule avec lui dans ce couloir trop étroit pour nos regrets.

Il me regarde avec des yeux humides. « Claire… Je t’aime encore. Je suis désolé d’avoir tout gâché. Laisse-moi une chance… »

Je sens mes défenses s’effondrer un instant. Mais je repense à toutes ces fois où j’ai attendu un message qui n’est jamais venu, à toutes ces promesses qu’il a brisées.

« Tu sais ce que c’est, Laurent ? Vivre chaque jour avec la peur d’être abandonnée encore ? De devoir tout recommencer seule ? »

Il secoue la tête.

« Non, tu ne sais pas », je murmure.

Le silence retombe. J’entends au loin le tram passer sous la pluie.

Je pense à ma vie sans lui : difficile, mais stable. Les enfants ont retrouvé un équilibre fragile. J’ai repris mon travail d’infirmière à l’hôpital Saint-Jacques ; j’ai même commencé à sortir avec des collègues certains soirs pour oublier un peu la solitude.

Mais parfois, la nuit, je rêve encore de lui.

Laurent pose sa main sur la mienne. Je la retire doucement.

« Je ne peux pas te donner une réponse ce soir », je souffle.

Il hoche la tête et sort sans un mot de plus.

Je reste là longtemps dans l’entrée sombre, le cœur en miettes.

Plus tard, Paul descend et s’assoit près de moi sur le canapé.

« Tu vas faire quoi, maman ? »

Je caresse ses cheveux comme quand il était petit.

« Je ne sais pas… Est-ce qu’on peut vraiment pardonner à quelqu’un qui nous a trahis si profondément ? Est-ce qu’on doit tout recommencer par peur de rester seuls ? »

Et vous… Qu’auriez-vous fait à ma place ?