Ma mère ne me pardonne pas d’être partie : comment vivre avec la culpabilité et l’amour pour ma famille ?
« Tu n’as pas le droit de partir, Camille ! Tu penses à toi, c’est tout ! »
La voix de ma mère résonne encore dans ma tête, même deux ans après ce soir-là. Je me revois, debout dans l’entrée de notre appartement à Lyon, valise à la main, le cœur battant si fort que j’avais l’impression qu’il allait exploser. Ma mère, les bras croisés, les yeux rougis par la colère et la fatigue, me fixait comme si j’étais devenue une étrangère. Derrière elle, mon petit frère Paul, 14 ans, assis sur le canapé, le visage pâle à cause de sa maladie, me regardait sans rien dire.
Je n’ai jamais su trouver les mots justes. « Maman, j’ai besoin de partir… J’ai été acceptée à la fac à Grenoble. Je reviendrai tous les week-ends, je te promets. » Mais elle n’a rien voulu entendre. Pour elle, c’était une trahison. « Tu nous abandonnes alors que ton frère est malade ! Tu sais très bien que je ne peux pas tout gérer seule ! »
Je suis partie quand même. Dans le train, j’ai pleuré en silence. Je me répétais que j’avais le droit de vivre ma vie, d’étudier, de respirer un peu loin de cette maison où la maladie de Paul avait tout envahi. Mais la culpabilité ne m’a jamais quittée.
À Grenoble, j’ai découvert la liberté, mais aussi la solitude. Les premiers mois, je rentrais chaque week-end comme promis. Mais à chaque retour, l’ambiance était glaciale. Ma mère ne me parlait presque plus. Elle s’occupait de Paul avec une énergie désespérée, me lançant parfois des regards pleins de reproches. Un soir, alors que j’essayais d’aider Paul à faire ses devoirs, elle a explosé :
« Tu crois que tu peux débarquer comme ça et faire comme si tout allait bien ? Tu n’es plus là quand on a besoin de toi ! »
Paul m’a défendue timidement : « Maman, laisse-la tranquille… » Mais elle a haussé le ton : « Toi aussi tu veux qu’elle parte ? »
J’ai fini par espacer mes visites. Je me sentais de trop chez moi, mais aussi perdue à Grenoble. Je travaillais dur à la fac pour ne pas penser à tout ça. J’ai rencontré Thomas, un garçon doux et compréhensif qui a essayé de m’aider à porter ce poids. Mais même avec lui, je n’arrivais pas à parler de ma famille sans pleurer.
Un jour, j’ai reçu un appel de Paul. Il venait de sortir de l’hôpital après une crise. Sa voix était faible : « Camille… tu me manques. » J’ai senti mon cœur se briser. J’ai pris le premier train pour Lyon.
Quand je suis arrivée, ma mère m’a à peine regardée. Elle était épuisée, les traits tirés par des nuits sans sommeil. Je l’ai trouvée dans la cuisine, en train de préparer les médicaments de Paul.
« Maman… je suis là pour vous aider », ai-je murmuré.
Elle a posé les boîtes sur la table et m’a regardée droit dans les yeux : « Tu crois que ça suffit ? Tu crois qu’on peut disparaître et revenir comme si de rien n’était ? »
Je n’ai pas su quoi répondre. J’ai voulu lui dire que je l’aimais, que je faisais de mon mieux… Mais les mots sont restés coincés dans ma gorge.
Cette nuit-là, j’ai veillé Paul pendant que ma mère dormait enfin un peu. Il m’a pris la main : « Tu sais, maman est triste parce qu’elle a peur. Elle a peur d’être seule avec moi si ça va mal… Mais moi je veux que tu sois heureuse aussi. »
J’ai pleuré en silence en caressant ses cheveux.
Depuis ce jour-là, j’essaie de trouver un équilibre impossible : être présente pour eux sans renoncer à ma vie. J’appelle Paul tous les soirs. Je propose à ma mère de venir passer des week-ends à Grenoble pour souffler un peu, mais elle refuse toujours : « Je ne peux pas laisser Paul seul ici… »
Parfois je me demande si je suis égoïste d’avoir voulu partir. Est-ce que j’aurais dû rester ? Est-ce que je peux encore réparer ce lien brisé avec ma mère ?
Aujourd’hui, j’écris ici parce que je me sens perdue entre deux mondes : celui où je suis la fille qui a fui et celui où je voudrais être aimée sans condition.
Est-ce qu’on peut vraiment choisir entre sa famille et sa propre vie ? Est-ce que vous avez déjà ressenti cette culpabilité qui vous ronge ? J’attends vos conseils…