Il m’a trompée et m’a dit que c’était de ma faute – parce que je m’occupais trop des enfants
« Tu ne comprends donc pas, Claire ? Tu passes ta vie à t’occuper des enfants, et moi, je ne compte plus pour toi ! »
La voix de François résonne encore dans ma tête, tranchante comme une lame. Il est 23h12, les enfants dorment enfin, et moi je suis là, debout dans la cuisine, les mains tremblantes autour d’une tasse de thé froid. Je viens de découvrir des messages sur son téléphone. Des mots doux, des promesses, envoyés à une autre. Je relis encore et encore ces phrases qui me brûlent les yeux : « Tu me manques », « J’ai hâte de te revoir »…
Je n’arrive pas à pleurer. Je suis comme figée. Tout s’effondre autour de moi, mais je reste debout. Peut-être parce que je n’ai pas le droit de tomber. Pas maintenant. Pas alors que Léa et Paul dorment à l’étage, innocents, inconscients du chaos qui gronde sous leur toit.
François entre dans la cuisine. Il me regarde, son visage fermé, presque agacé. « Tu fouilles dans mon téléphone maintenant ? » Je voudrais hurler, mais ma voix n’est qu’un souffle : « Qui est-elle ? »
Il soupire, lève les yeux au ciel. « Tu veux vraiment savoir ? Depuis des mois tu ne vois plus rien d’autre que les enfants. Moi, je n’existe plus pour toi. »
Je sens la colère monter, mais aussi une honte sourde. Est-ce vrai ? Me suis-je perdue à ce point dans le rôle de mère que j’en ai oublié d’être femme ? Mais comment faire autrement ? Depuis la naissance de Paul, tout repose sur moi : les repas, les devoirs, les rendez-vous chez le médecin… François travaille tard, rentre fatigué, s’installe devant la télé ou sort voir des amis. Moi, je gère tout. Je n’ai pas le choix.
Les jours suivants sont un cauchemar éveillé. Je fais semblant devant les enfants. Je souris, je prépare le petit-déjeuner, j’aide Léa à réviser ses tables de multiplication. Mais à l’intérieur, tout est brisé. La nuit, je m’effondre dans la salle de bains pour pleurer en silence.
Je repense à ma vie d’avant. Avant les enfants, avant la routine. François et moi étions amoureux, complices. On partait en week-end à Honfleur sur un coup de tête, on riait pour un rien. Où est passée cette femme légère et insouciante ?
Un soir, alors que je couche Paul, il me demande : « Maman, pourquoi tu pleures tout le temps ? »
Je ravale mes larmes et lui souris : « Ce n’est rien mon cœur, maman est juste un peu fatiguée. »
Mais la vérité me ronge. Je n’ai personne à qui parler. Ma mère me répète que c’est normal qu’un homme s’éloigne quand il ne se sent plus désiré. Ma sœur me dit de penser à moi, mais comment faire quand on a deux enfants qui ont besoin de vous ?
Un samedi matin, alors que François part « faire du sport », je décide d’appeler mon amie Sophie. Elle m’écoute sans juger. « Claire, tu t’es oubliée depuis trop longtemps. Tu as le droit d’exister en dehors des enfants et de ton mari. »
Ses mots résonnent en moi comme une révélation douloureuse. J’ai sacrifié mes rêves, mes envies, pour être une mère parfaite… Mais à quel prix ?
Les semaines passent. François rentre de plus en plus tard. Parfois il ne rentre pas du tout. Un soir, il m’annonce qu’il veut partir quelques temps « pour réfléchir ». Je sens le sol se dérober sous mes pieds.
Je passe par toutes les phases : la colère, la tristesse, la peur du lendemain. Comment vais-je faire seule avec deux enfants ? Comment leur expliquer que leur père ne rentrera pas ce soir ?
Un matin d’hiver, alors que je dépose Léa à l’école sous la pluie battante, elle me serre fort la main : « Maman, tu es forte tu sais ? »
Ses mots me bouleversent. Peut-être qu’il est temps d’arrêter de survivre et d’apprendre à vivre pour moi aussi.
Je prends rendez-vous chez une psychologue. Pour la première fois depuis des années, je parle de moi, de mes peurs, de mes envies enfouies. Petit à petit, je reprends goût à des choses simples : lire un livre sans culpabiliser, aller marcher seule au parc Montsouris…
François revient parfois voir les enfants. Entre nous c’est glacial. Il me reproche encore mon « absence », mon manque d’attention envers lui. Mais cette fois je ne me laisse plus faire.
Un soir où il vient chercher Paul pour le week-end, il me lance : « Tu as changé Claire… Tu es moins docile qu’avant. »
Je le regarde droit dans les yeux : « Non François, j’ai juste décidé d’exister moi aussi. »
Aujourd’hui je ne sais pas ce que l’avenir me réserve. Je suis encore fragile mais debout. J’apprends à me reconstruire sans culpabilité.
Parfois je me demande : pourquoi doit-on toujours choisir entre être une bonne mère et être une femme épanouie ? Est-ce vraiment notre faute si on s’oublie pour ceux qu’on aime ? Qu’en pensez-vous ?