Le parfum de la trahison : Quand mon nez a dévoilé le secret de mon mari

« Tu rentres déjà ? » La voix de Julien résonne dans le couloir, teintée d’une nervosité inhabituelle. Je referme la porte derrière moi, trempée par la pluie battante de ce soir de novembre. Mon parapluie dégouline sur le carrelage, mais ce n’est pas l’humidité qui me glace le sang. C’est cette odeur. Un sillage sucré, capiteux, étranger à notre appartement. Pas le moindre doute : ce n’est pas mon parfum, ni celui de Julien. Je suis conseillère en parfumerie depuis dix ans à la Part-Dieu, et mon nez ne me trompe jamais.

Je m’arrête net dans l’entrée, le cœur battant. « Julien, qui est venu ici ? » Il hésite, évite mon regard. « Personne, pourquoi ? » Je m’approche du salon. Les coussins du canapé sont froissés, une tasse à moitié vide traîne sur la table basse. Je ferme les yeux un instant, inspire profondément. L’odeur est partout, entêtante : tubéreuse, vanille, une pointe de patchouli – c’est « La Nuit de Louise », un parfum que je vends souvent à des femmes sûres d’elles, séductrices.

Je me tourne vers Julien. « Arrête de mentir. Je sais qu’une femme était là. » Il blêmit, se racle la gorge. « Camille… tu te fais des idées. » Mais je n’écoute plus. Les souvenirs affluent : ses absences répétées, ses messages effacés, son regard fuyant ces dernières semaines. Tout s’assemble comme les notes d’un parfum complexe.

Je monte à la chambre, ouvre la fenêtre pour chasser cette fragrance qui me brûle le cœur. Les larmes me montent aux yeux. Comment ai-je pu être aussi aveugle ? Moi qui conseille chaque jour des clientes sur le choix du parfum qui révélera leur vraie nature… Je n’ai rien vu venir chez l’homme que j’aimais.

Le lendemain matin, je me réveille dans un lit froid. Julien est déjà parti. Sur la table de nuit, un mot griffonné : « On doit parler ce soir. » Toute la journée, au magasin, je fais semblant de sourire aux clientes. Mais chaque effluve de parfum me ramène à cette nuit-là.

À 19h, je rentre chez nous. Julien m’attend dans la cuisine, les yeux rougis. « Camille… Je suis désolé. C’était une erreur. Elle ne compte pas. » Je m’effondre sur une chaise. « Tu m’as trahie dans notre maison… Tu sais ce que ça représente pour moi ? » Il baisse la tête. « Je ne voulais pas te blesser. J’étais perdu… Le travail, la routine… Elle m’a fait me sentir vivant. Mais je t’aime toi. »

Je ris nerveusement. « Tu m’aimes ? Tu m’aimes au point d’inviter une autre femme ici ? De laisser son parfum hanter chaque pièce ? Tu sais que je ne pourrai jamais oublier cette odeur ? » Il tente de me prendre la main, mais je recule.

Les semaines passent. Nous vivons côte à côte, étrangers sous le même toit. Ma mère, Françoise, m’appelle tous les soirs : « Ma chérie, tu ne peux pas continuer comme ça… Pense à toi ! » Mon frère Thomas débarque un dimanche matin : « Viens passer quelques jours chez moi à Annecy, ça te changera les idées. » Mais je reste là, prisonnière de mes souvenirs et de cette fragrance qui refuse de disparaître.

Un soir, alors que je trie nos photos de vacances sur l’ordinateur, je tombe sur un cliché de nous deux à Collioure, souriants et insouciants. Je fonds en larmes. Julien entre dans la pièce : « Camille… Je veux qu’on essaie de réparer les choses. On pourrait voir un conseiller conjugal ? » Je secoue la tête : « Je ne sais pas si je pourrai te pardonner… Chaque fois que je ferme les yeux, je sens encore son parfum ici… »

Au travail aussi, tout a changé. Mes collègues murmurent dans mon dos – ils ont deviné que quelque chose ne va pas. Ma patronne, Madame Lefèvre, me convoque : « Camille, tu es l’une de nos meilleures conseillères… Mais tu sembles ailleurs ces temps-ci. Prends quelques jours si tu veux… » Je refuse poliment – le travail est tout ce qui me tient debout.

Un samedi matin, alors que je range les flacons derrière le comptoir, une cliente s’approche : « Vous avez l’air triste… Un parfum peut-il vraiment changer une vie ? » Je souris tristement : « Parfois oui… Parfois il révèle des vérités qu’on aurait préféré ignorer. » Elle hoche la tête avec compassion.

Peu à peu, j’apprends à vivre avec cette blessure invisible. J’accepte l’invitation de Thomas et pars quelques jours à Annecy. L’air pur du lac me fait du bien ; je retrouve un peu de paix loin des souvenirs empoisonnés par « La Nuit de Louise ».

À mon retour à Lyon, Julien m’attend avec une valise dans l’entrée : « Je vais partir quelques temps chez mes parents à Grenoble… Je veux te laisser respirer. Je t’aime toujours Camille… Mais je comprends si tu as besoin de temps ou si tu veux tourner la page. » Je le regarde partir sans un mot.

Aujourd’hui encore, des mois plus tard, il m’arrive d’ouvrir la fenêtre en grand pour chasser les fantômes du passé. J’ai changé les meubles du salon et repeint les murs – mais parfois il me semble que l’odeur est toujours là, tapie dans un coin de ma mémoire.

Est-ce qu’on peut vraiment pardonner une trahison ? Est-ce que la confiance peut renaître après avoir été brisée si violemment ? Et vous… auriez-vous pu oublier ce parfum ?