J’ai refusé d’épouser la femme que j’ai détruite – Mon père a décidé à ma place
« Tu vas assumer, Damien. Tu vas épouser Camille, un point c’est tout ! »
La voix de mon père résonne encore dans ma tête, comme un coup de tonnerre qui ne cesse jamais. Ce soir-là, la pluie martelait les vitres du salon, et je me tenais debout, tremblant, face à lui. Ma mère, assise sur le canapé, serrait les mains sur ses genoux, le regard fuyant. J’avais vingt-trois ans, étudiant en droit à Lyon, et je venais d’avouer l’impensable : Camille, ma petite amie depuis deux ans, était enceinte.
Je n’étais pas prêt. Je n’avais jamais voulu d’enfant si tôt, ni même pensé au mariage. Camille non plus, du moins c’est ce qu’elle disait avant que tout ne bascule. Mais mon père, Jean-Pierre, fils d’agriculteur devenu chef d’entreprise, croyait aux traditions. « On ne laisse pas une fille dans cette situation », répétait-il. Pour lui, l’honneur de la famille passait avant tout.
« Papa, je ne peux pas… Je ne l’aime plus comme avant. Ce serait pire pour elle et pour l’enfant », ai-je tenté d’expliquer, la gorge serrée.
Il s’est levé brusquement, sa silhouette imposante se découpant dans la lumière blafarde. « Tu crois que j’ai épousé ta mère par amour ? On construit l’amour avec le temps ! »
Ma mère a enfin levé les yeux vers moi. « Damien, tu dois faire ce que tu sens juste. Je serai là pour toi, quoi que tu décides. »
Mais mon père n’a rien voulu entendre. Le lendemain, il est allé voir les parents de Camille dans leur pavillon à Villeurbanne. Il a parlé à leur place, a promis un mariage rapide, a même proposé d’aider financièrement.
Camille m’a appelé en larmes : « Pourquoi tu ne veux pas de moi ? Pourquoi tu laisses ton père décider ? »
Je n’avais pas de réponse. J’étais paralysé par la peur de décevoir tout le monde. Les semaines ont passé dans une tension insupportable. Les rumeurs ont commencé à circuler dans notre quartier : « Le fils Martin a mis Camille enceinte… Il refuse de l’épouser… »
Ma mère pleurait en silence le soir. Mon père ne me parlait plus qu’en aboyant des ordres : « Va voir Camille ! Organise la cérémonie ! »
Un soir, j’ai retrouvé Camille sur les quais du Rhône. Elle avait le visage pâle, les yeux gonflés. « Je ne veux pas d’un mariage forcé, Damien. Mais je ne veux pas non plus élever cet enfant seule… »
Je me suis effondré : « Je suis désolé… Je suis lâche… Je ne sais pas quoi faire… »
Elle a posé sa main sur mon bras : « Ce n’est pas qu’à toi de décider. Mais je veux que tu sois honnête avec moi. »
Les jours suivants ont été un enfer. Mon père a fixé une date pour les fiançailles sans même me consulter. J’ai commencé à faire des crises d’angoisse, à sécher les cours. Ma mère a tenté d’intervenir : « Jean-Pierre, tu ne peux pas forcer Damien à vivre ta vie ! »
Mais il a haussé les épaules : « Il comprendra plus tard. On protège la famille comme on peut. »
Le jour des fiançailles est arrivé. Toute la famille était là, les voisins aussi. Camille portait une robe simple, mais son sourire était absent. Je me sentais comme un imposteur.
Au moment d’échanger les alliances symboliques, j’ai senti mon cœur exploser. J’ai lâché la main de Camille et j’ai dit devant tout le monde : « Je suis désolé… Je ne peux pas continuer… »
Un silence glacial a envahi la pièce. Mon père s’est levé furieux : « Tu nous fais honte ! Tu détruis cette famille ! »
Camille s’est effondrée en larmes. Sa mère l’a prise dans ses bras en me lançant un regard de haine pure.
Je suis parti en courant sous la pluie battante, sans savoir où aller. J’ai erré des heures dans les rues de Lyon avant de rentrer chez moi au petit matin.
Les semaines suivantes ont été un cauchemar. Mon père ne m’adressait plus la parole. Ma mère tentait de recoller les morceaux entre nous tous, mais rien n’y faisait.
Camille a décidé de garder l’enfant et de partir vivre chez sa sœur à Grenoble. J’ai essayé de lui parler plusieurs fois, mais elle refusait mes appels.
J’ai sombré dans une dépression profonde. J’ai arrêté mes études pendant un an. Seule ma mère venait me voir régulièrement : « Damien, tu dois te relever. Ce n’est pas la fin du monde… »
Petit à petit, j’ai repris goût à la vie grâce à elle et à quelques amis fidèles. J’ai trouvé un petit boulot dans une librairie du centre-ville et j’ai commencé une thérapie.
Un an plus tard, j’ai reçu une lettre de Camille : « Notre fils s’appelle Louis. Il va bien. Si tu veux le voir un jour, je ne t’en empêcherai pas… Mais il faudra du courage pour affronter ce passé. »
J’ai pleuré en lisant ces mots. J’ai compris que fuir mes responsabilités n’avait rien résolu – j’avais blessé Camille, déçu mes parents et perdu une partie de moi-même.
Aujourd’hui encore, je me demande : aurais-je dû écouter mon père ou suivre mon cœur ? Peut-on vraiment réparer ce qu’on a brisé ? Et vous… qu’auriez-vous fait à ma place ?