Ma mère a exigé que je rédige un testament contre mon mari… le jour de l’anniversaire de ma fille
« Tu dois écrire un testament, Camille. Et tout de suite. Je ne veux pas que ce salaud de Julien mette la main sur la maison si jamais il t’arrive quelque chose. »
La voix de ma mère, Monique, a claqué dans la cuisine comme un coup de tonnerre. Autour de la table, les ballons roses et les guirlandes d’anniversaire semblaient soudain déplacés, grotesques. Ma fille, Léa, venait d’avoir huit ans. Elle riait encore dans le salon avec ses cousins, inconsciente du cyclone qui s’abattait sur sa fête.
J’ai posé le couteau à gâteau, les mains tremblantes. « Maman, tu ne peux pas dire ça ici… pas aujourd’hui. »
Mais elle n’a rien voulu entendre. Son visage était fermé, durci par des années de rancœur que je croyais oubliées. « Tu ne comprends pas, Camille ! Tu fais confiance à Julien parce que tu es naïve. Mais moi, je sais ce que c’est que de se faire trahir par un homme. Tu ne veux pas finir comme moi, hein ? »
Julien est entré à ce moment-là, portant le plateau de jus pour les enfants. Il a senti la tension immédiatement. « Qu’est-ce qui se passe ? »
Ma mère l’a fusillé du regard. « Rien qui te concerne. »
J’ai senti la honte me brûler les joues. Les invités commençaient à nous jeter des regards inquiets depuis le salon. Mon frère, Antoine, a tenté d’apaiser la situation : « Maman, s’il te plaît… pas aujourd’hui. »
Mais elle était lancée. « Je ne me tairai pas ! Camille doit protéger Léa et la maison familiale. Tu sais très bien ce qui est arrivé à ta tante Sylvie quand son mari l’a quittée ! Il lui a tout pris ! »
Julien a posé le plateau avec précaution et s’est tourné vers moi : « Camille… tu crois vraiment que je pourrais te faire ça ? »
J’ai senti mon cœur se serrer. Je n’avais jamais douté de Julien. Mais la peur dans les yeux de ma mère, sa voix brisée par l’angoisse, réveillaient en moi des souvenirs enfouis : les cris de mon père quand il est parti, les nuits où ma mère pleurait en silence dans la chambre voisine.
« Je… je ne sais plus quoi penser, » ai-je murmuré.
Le silence est tombé comme une chape de plomb. Léa est entrée dans la cuisine à ce moment-là, tenant son cadeau contre elle : « Maman, tu viens voir mes dessins ? »
J’ai forcé un sourire et l’ai suivie dans sa chambre, laissant derrière moi une pièce saturée de non-dits.
Assise sur le lit de Léa, je l’ai regardée colorier sans souci du monde adulte qui s’effondrait autour d’elle. J’aurais voulu lui offrir une enfance paisible, loin des drames familiaux qui avaient marqué la mienne.
Plus tard dans la soirée, alors que les invités étaient partis et que Léa dormait enfin, Julien m’a prise à part dans le salon.
« Camille… tu sais que je t’aime. Je ne comprends pas pourquoi ta mère me déteste autant. Mais si tu veux faire ce testament pour te rassurer… fais-le. Je n’ai rien à cacher. Mais je refuse que ta mère détruise notre couple comme elle a détruit sa propre vie. »
Ses mots étaient calmes mais douloureux. J’ai vu dans ses yeux une tristesse profonde, une blessure qu’il n’osait pas nommer.
Le lendemain matin, ma mère m’attendait devant la porte avec une pile de papiers et l’adresse d’un notaire.
« Tu viens ? On va régler ça une bonne fois pour toutes. »
J’ai hésité sur le seuil. Derrière moi, Julien préparait le petit-déjeuner pour Léa. Devant moi, ma mère brandissait ses peurs comme un bouclier.
« Maman… pourquoi tu fais ça ? Tu ne fais plus confiance à personne ? Même pas à moi ? »
Elle a détourné les yeux. « Je veux juste te protéger. J’ai tout perdu à cause d’un homme… Je ne veux pas que tu souffres comme moi. »
J’ai compris alors que ce n’était pas seulement Julien qu’elle craignait : c’était la répétition d’une histoire familiale qui nous hantait toutes les deux.
J’ai pris une grande inspiration et j’ai dit : « Je vais réfléchir. Mais je refuse de laisser la peur décider à ma place. Je veux croire qu’on peut aimer sans se trahir… même si c’est risqué. »
Ma mère est partie sans un mot de plus.
Depuis ce jour-là, rien n’est plus pareil entre nous. Léa me demande parfois pourquoi mamie ne vient plus aussi souvent. Julien fait des efforts pour me rassurer mais je sens une distance s’installer entre nous.
Parfois, la nuit, je me demande : ai-je eu raison de résister à ma mère ? Ou bien suis-je en train de répéter ses erreurs sans m’en rendre compte ? Peut-on vraiment protéger ceux qu’on aime sans leur faire du mal ?
Et vous… jusqu’où iriez-vous pour protéger votre famille ?