À 57 ans, j’ai osé aimer à nouveau… mais ma fille refuse de me laisser croire au bonheur
« Tu ne le connais pas vraiment, maman ! »
La voix de Camille résonne encore dans la cuisine, tranchante comme un couteau. Je serre la tasse de café entre mes mains tremblantes. Il est 20h, la nuit tombe sur notre petit appartement de Nantes, et ma fille me regarde comme si j’étais une étrangère. J’ai 57 ans, elle en a 29, et soudain, je me sens minuscule devant elle.
« Camille, écoute-moi… »
Mais elle secoue la tête, ses yeux noisette brillants de colère. « Non, maman. Tu ne vois pas qu’il te manipule ? »
Je ferme les yeux. Je revois la première fois où j’ai rencontré Philippe, il y a six mois, lors d’un vernissage à la galerie du centre-ville. Sa voix grave, son humour discret, la façon dont il m’a regardée comme si j’étais la seule femme dans la pièce… J’ai cru que le temps s’arrêtait. Après tant d’années à vivre seule depuis le départ de Gérard, mon ex-mari, j’avais oublié ce que c’était d’être désirée.
Mais Camille ne voit en Philippe qu’un inconnu trop poli, trop parfait. Elle fouille dans ses paroles, cherche des failles. « Il ne t’a jamais présenté ses enfants. Tu ne trouves pas ça bizarre ? »
Je soupire. « Il a ses raisons… »
« Quelles raisons ? » Elle hausse le ton. « Tu vas vraiment te marier avec un homme dont tu ignores tout ? »
Le mot « marier » flotte entre nous comme une menace. J’ai annoncé mes fiançailles il y a deux semaines. Depuis, notre relation s’est fissurée. Camille ne vient plus dîner le dimanche. Elle m’envoie des messages froids : « Bonne journée », « Prends soin de toi ». Je sens son absence comme un vide immense.
Un soir, alors que je rentre du travail – je suis secrétaire médicale dans un cabinet d’ophtalmologie – je trouve Camille assise sur le canapé. Elle a les yeux rouges.
« J’ai enquêté sur Philippe », lâche-t-elle sans préambule.
Mon cœur rate un battement. « Quoi ? »
« Il n’a pas divorcé officiellement de sa femme. Il te ment. »
Je reste figée. Je pense à tous nos moments ensemble : les promenades sur les bords de l’Erdre, les rires partagés au marché de Talensac, les confidences tard le soir… Est-ce possible ?
Je confronte Philippe le lendemain. Il baisse les yeux. « Je voulais t’en parler… Je n’ai pas eu le courage. Mon divorce traîne depuis des années à cause de la maison familiale. Mais je t’aime, Françoise. Je veux construire quelque chose avec toi. »
Je suis déchirée. D’un côté, la voix de Camille qui martèle : « Il te ment ! », de l’autre, ce que je ressens pour Philippe – ce feu qui m’a réveillée après des années de solitude.
Les semaines passent. Camille refuse toujours de me parler autrement que par monosyllabes. Ma sœur Hélène me conseille d’attendre : « Tu as toute la vie devant toi, Françoise… Pourquoi te précipiter ? »
Mais moi, j’ai peur que le bonheur me file entre les doigts si j’attends trop longtemps.
Un dimanche matin, je décide d’inviter Philippe et Camille à déjeuner. L’atmosphère est glaciale. Philippe tente une blague sur le vin blanc ; Camille l’ignore ostensiblement.
Soudain, elle explose : « Pourquoi tu fais semblant ? Tu veux juste profiter de ma mère ! »
Philippe se lève, blessé : « Je comprends que tu veuilles protéger ta mère, mais je l’aime sincèrement… »
Camille fond en larmes et quitte la table.
Je reste seule avec Philippe. Il prend ma main : « Je ne veux pas te perdre à cause de ça… »
Cette nuit-là, je ne dors pas. Je repense à ma vie : mes rêves abandonnés pour élever Camille seule après le divorce ; mes années à tout donner pour elle ; mes peurs d’être jugée par les autres – les voisins qui murmurent déjà : « À son âge, elle se remarie ? »
Mais ai-je le droit au bonheur ? Est-ce égoïste de vouloir aimer encore ?
Quelques jours plus tard, Camille m’attend devant chez moi. Elle a l’air épuisée.
« Maman… Je veux juste que tu sois heureuse. Mais j’ai peur qu’il te fasse souffrir comme papa l’a fait… »
Je la serre dans mes bras. Les larmes coulent sur nos joues.
« Je comprends tes peurs, ma chérie… Mais c’est ma vie aussi. J’ai besoin d’y croire encore une fois. »
Aujourd’hui, je ne sais pas si j’ai fait le bon choix en gardant Philippe dans ma vie malgré les doutes de ma fille. Mais je sais une chose : il n’est jamais trop tard pour aimer – même si cela veut dire affronter ceux qu’on aime le plus.
Est-ce que le cœur a raison d’espérer quand tout le monde doute autour de lui ? Et vous, qu’auriez-vous fait à ma place ?