Le jour où j’ai compris que mon fils épousait la mauvaise famille : un dîner qui a tout changé
« Tu ne vas pas me dire que tu comptes vraiment épouser cette fille, Paul ? » Ma voix tremblait, mais je n’arrivais plus à retenir ma colère. Mon fils, assis en face de moi dans la voiture, serrait le volant à s’en blanchir les jointures. Nous venions de quitter ce dîner chez les parents de Camille, sa fiancée, et j’avais encore le goût amer du malaise dans la bouche.
Tout avait commencé dès l’entrée. La porte s’était ouverte sur un homme massif, la chemise déboutonnée, l’haleine chargée d’alcool. « Bienvenue chez nous ! » avait-il lancé en riant trop fort, s’appuyant lourdement sur l’épaule de Camille. Sa femme, une petite femme nerveuse aux yeux cernés, s’était excusée d’un sourire crispé. J’ai tout de suite compris que ce n’était pas la première fois.
Pendant le repas, le père de Camille—Jean-Pierre—avait vidé trois verres de pastis avant même l’entrée. Il parlait fort, coupait la parole à tout le monde, et lançait des blagues douteuses qui mettaient tout le monde mal à l’aise. À un moment, il a même tapé du poing sur la table : « Ici, c’est moi le chef ! » Camille avait baissé les yeux, les joues rouges de honte. Paul tentait de détendre l’atmosphère, mais je voyais bien qu’il était aussi mal à l’aise que moi.
Après le dessert, Jean-Pierre s’est levé d’un bond et a commencé à raconter des histoires humiliantes sur sa fille : « Ah, Camille, tu te souviens quand tu t’es pissée dessus à la kermesse ? » J’ai vu les yeux de Camille se remplir de larmes. Sa mère n’a rien dit. Paul a serré la main de Camille sous la table. J’avais envie de hurler.
Sur le chemin du retour, j’ai explosé : « Paul, tu ne peux pas épouser une fille dont le père est comme ça ! Tu te rends compte dans quoi tu t’embarques ? » Il m’a répondu d’une voix lasse : « Maman, je l’aime. Ce n’est pas sa faute si son père est comme ça. Elle a besoin de moi. »
Je n’ai pas dormi cette nuit-là. Je repensais à toutes ces émissions où des enfants souffrent du rejet ou de la violence parentale. J’avais toujours cru que ces histoires restaient à la télévision ou dans les journaux. Mais là, c’était ma famille qui était touchée.
Le lendemain, au travail, j’en ai parlé à ma collègue Sophie. Elle m’a dit : « Tu sais, parfois on ne choisit pas sa belle-famille. Mais si ton fils aime Camille et qu’elle est une bonne personne… Peut-être qu’il faut lui faire confiance ? » Mais comment accepter que mon fils entre dans une famille aussi dysfonctionnelle ?
Les jours suivants ont été tendus à la maison. Paul évitait le sujet du mariage. Je sentais qu’il m’en voulait. Un soir, il est rentré plus tard que d’habitude. Je l’ai entendu parler doucement au téléphone : « Ne t’inquiète pas, je suis là pour toi… Oui, je sais que c’est dur avec ton père… » J’ai compris qu’il parlait à Camille.
Un samedi matin, Camille est venue à la maison. Elle avait les yeux gonflés et portait un foulard pour cacher une marque sur son bras. Je lui ai servi un thé et elle a fondu en larmes : « Je suis désolée pour l’autre soir… Mon père… il boit depuis que j’ai douze ans. Ma mère ne dit rien parce qu’elle a peur… Je comprends si vous ne voulez plus me voir… » J’ai senti mon cœur se serrer.
Paul l’a prise dans ses bras : « On va s’en sortir ensemble. Je t’aime. » Je me suis sentie impuissante et coupable. Toute ma vie, j’avais aidé des enfants en difficulté, mais là, je ne savais plus quoi faire pour protéger mon propre fils.
Les semaines ont passé. Les préparatifs du mariage avançaient malgré tout. Mais chaque fois que je pensais à ce futur beau-père qui pourrait gâcher leur bonheur, j’avais envie d’annuler tout. Un soir, j’ai surpris une dispute entre Paul et moi-même :
— Tu veux vraiment que je renonce à Camille parce que son père est alcoolique ?
— Je veux juste que tu sois heureux !
— Mais je le suis avec elle !
J’ai réalisé alors que je risquais de perdre mon fils si je continuais ainsi.
Le jour du mariage est arrivé. À la mairie de Lyon, Jean-Pierre est arrivé en retard et sentait déjà l’alcool. Pendant la cérémonie, il a fait tomber son portable en plein discours du maire. Les invités ont détourné les yeux. Mais Paul et Camille se sont regardés avec tant d’amour que j’ai compris qu’ils étaient plus forts que tout ça.
Après la fête, alors que tout le monde était parti, Camille m’a prise à part : « Merci d’avoir cru en nous malgré tout… Je sais que ce ne sera pas facile tous les jours… Mais avec Paul à mes côtés, j’ai enfin l’impression d’avoir une vraie famille. »
Aujourd’hui encore, je me demande si j’ai fait le bon choix en acceptant cette union. Est-ce qu’on peut vraiment construire un avenir heureux quand on porte autant de blessures familiales ? Ou bien l’amour suffit-il à réparer ce que les parents ont brisé ? Qu’en pensez-vous ?