« Quand la foi devient mon dernier refuge : comment j’ai trouvé la force de me relever »
« Tu ne comprends donc rien, maman ?! » La voix de Camille résonne encore dans le salon, tranchante comme un couteau. Je serre les poings, les larmes me montent aux yeux. Il est vingt-deux heures passées, et ma fille de seize ans vient de claquer la porte de sa chambre. Je reste là, figée, au milieu des miettes de notre dîner interrompu, le cœur en vrac. Depuis des mois, tout s’effrite : mon mari, François, s’est éloigné, absorbé par son travail à la mairie ; Camille ne me parle plus qu’avec colère ou ironie ; et moi, je m’épuise à essayer de maintenir l’équilibre d’une famille qui me glisse entre les doigts.
Je m’appelle Claire. J’ai quarante-trois ans, je vis à Tours, et ce soir-là, j’ai touché le fond. Je n’ai jamais été très pratiquante, mais en voyant ma fille s’enfermer dans sa douleur et mon mari s’éloigner chaque jour un peu plus, j’ai senti une solitude glaciale m’envahir. J’ai pensé à ma mère, disparue trop tôt, à qui je confiais tout. J’aurais voulu lui demander conseil, mais il ne me restait que le silence.
Je me suis assise sur le canapé, les mains tremblantes. J’ai fermé les yeux et, sans trop savoir pourquoi, j’ai murmuré : « Seigneur, si tu existes vraiment… aide-moi. Je n’en peux plus. » C’était la première fois depuis des années que je priais vraiment. Pas une prière apprise par cœur, non : juste un cri du cœur, brut, sincère.
Les jours suivants ont été un calvaire. Camille a refusé de m’adresser la parole. François rentrait de plus en plus tard. Au travail aussi, rien n’allait : mon chef m’a reproché mon manque d’enthousiasme, mes collègues chuchotaient dans mon dos. J’avais l’impression d’être invisible, inutile. Le matin, je peinais à sortir du lit. Parfois, je restais des heures devant la fenêtre à regarder la Loire couler, me demandant si ma vie avait encore un sens.
Un dimanche matin, alors que François était parti courir et que Camille dormait encore, j’ai allumé la radio. Une voix douce parlait de la foi comme d’un refuge dans la tempête. Je me suis surprise à écouter jusqu’au bout. L’intervenant disait : « Même quand tout semble perdu, il y a une lumière qui ne s’éteint jamais. » Ces mots ont résonné en moi comme une promesse.
Ce jour-là, j’ai décidé d’entrer dans l’église du quartier. Je n’y étais pas retournée depuis le baptême de Camille. L’odeur de cire et de pierre froide m’a enveloppée. Je me suis assise au fond, loin des regards. J’ai fermé les yeux et j’ai recommencé à prier. Pas pour demander des miracles — juste pour trouver la force de continuer.
Petit à petit, quelque chose a changé en moi. Je n’étais pas moins fatiguée, ni moins triste. Mais je sentais une présence discrète à mes côtés, comme une main posée sur mon épaule. J’ai commencé à écrire chaque soir dans un carnet ce que j’avais sur le cœur. J’y ai confié mes peurs, mes colères, mais aussi mes petits espoirs : un sourire échangé avec Camille au petit-déjeuner ; un message inattendu d’une amie ; le chant d’un merle dans le jardin.
Un soir, alors que je préparais le dîner, Camille est entrée dans la cuisine sans crier gare.
— Maman… tu crois que tu pourrais m’aider pour mon exposé d’histoire ?
J’ai failli pleurer de soulagement. J’ai hoché la tête sans rien dire, de peur de briser ce fragile retour au dialogue.
Avec François aussi, les choses ont évolué lentement. Un soir d’orage, alors que nous étions tous les deux réveillés par le tonnerre, il m’a pris la main.
— Je sais que je t’ai laissée tomber ces derniers temps… Je suis désolé.
J’ai senti mes barrières tomber d’un coup. Nous avons parlé longtemps cette nuit-là — de nos peurs, de nos regrets, de ce que nous voulions encore construire ensemble.
La foi n’a pas effacé mes problèmes du jour au lendemain. Mais elle m’a donné la force de les affronter autrement. J’ai appris à lâcher prise sur ce que je ne pouvais pas contrôler et à confier mes angoisses à Dieu dans la prière. J’ai aussi accepté de demander de l’aide : à une psychologue du quartier, à une amie d’enfance retrouvée par hasard à la boulangerie.
Aujourd’hui encore, il y a des jours sombres où tout me semble trop lourd. Mais je sais que je ne suis plus seule face à l’adversité. La foi est devenue mon refuge secret — un espace où je peux déposer mes fardeaux sans honte.
Parfois je me demande : combien d’entre nous osent vraiment demander de l’aide quand tout va mal ? Et vous… qu’est-ce qui vous a donné la force de vous relever quand tout semblait perdu ?